vendredi 16 janvier 2009

Asie : chaud et froid sur les piscicultures indonésiennes et taïwanaises

Deux évènements majeurs ont fait l’actualité de l’aquaculture asiatique ces derniers jours. Une vague de froid venant de Chine a causé des mortalités massives dans les piscicultures à Taïwan et 7000 tonnes de poissons ont été décimées dans un lac de cratère à Sumatra.

Si la première information n’a rien d’étonnant malgré le radoucissement des relations constaté depuis plusieurs années entre la Chine et Taïwan ; la deuxième est plutôt surprenante et démontre à quel point l’aquaculture est intégrée dans les différents écosystèmes aquatiques en Asie et que d’élever des poissons au sommet d’un volcan même en activité n’a rien d’insolite dans ces pays asiatiques.

Vague de froid sur Taïwan

Une vague de froid continentale (de la Chine) a causé des dégâts importants dans les exploitations piscicoles au Sud de Taïwan, décimant près de la moitié du « Milkfish » (ndlr poisson très populaire dans tous les pays de l’Asie du Sud-Est élevé traditionnellement à partir d’alevins pêchés en mer) dans la région de Tainan. « Le front froid est arrivé si rapidement hier que les éleveurs n'ont pas eu le temps de protéger leurs poissons. Actuellement, ils s’activent à couvrir leurs bassins et à pomper de l’eau chaude pour tenter de sauver les poissons toujours en vie. Les conchyliculteurs ont eux-aussi subi des pertes, le Milkfish étant élevé dans les mêmes bassins que les « clams » pour limiter le développement des algues. Avec la disparition des poissons, les algues vont affecter la qualité et la quantité des coquillages produits. » (Source : Seafoodsource)

Empoisonnement par le soufre à Sumatra

Selon un fonctionnaire, le soufre lié à l’activité volcanique serait à l’origine de la mortalité de 7000 tonnes de poissons dans le lac de Maninjau. Ce lac de cratère d’une surface de 99,5 km2 pour une profondeur maximale de 500 mètres est situé à l’Ouest de Sumatra. C’est l’une des destinations touristiques les plus recherchées de la région.

Yoméri, responsable de l’agence des pêches, explique que : « les mortalités massives ont été causées par un phénomène d’upwelling avec de l’eau plus froide riche en soufre remontant du fond vers la surface en raison d’un changement climatique brutal. Le poisson a péri empoisonné par le soufre. »

Répartis dans les huit villages sur le bord du lac, les quelques 15 000 centres de pisciculture ont perdu 7000 tonnes de poissons pour une valeur de près de 8,6 millions de US$.

Selon Gadis Sri Haryani, chef du centre de recherche de limnologie de l'institut indonésien des sciences : "La cause naturelle est évidente, mais les pertes auraient pu être limitées si l’installation des parcs à poisson avait été mieux encadrée ». Le nombre de 10 000 parcs serait la limite maximale.

Pour Khalid Saifullah, directeur du Forum Indonésien pour l'Environnement, les activités humaines ont des incidences sur le lac Maninjau : " Pour nourrir leurs poissons, les pêcheurs utilisent des aliments qui parfois ne sont pas mangés, et en tombant sur le fond du lac, les restes augmentent l'acidité de l'eau."
La présence d'un grand nombre d’hôtels et de restaurants serait aussi une autre source de pollution.
(Source : Thejakartaglobe Up to 7,000 Tons of Dead Fish Blamed on Volcanic Activity et Humans a Factor In Maninjau Fish Kill, Say Experts)

Commentaire : L’aquaculture assure maintenant plus de la moitié des besoins alimentaires en produits aquatiques. Progressivement, la part de l’aquaculture va augmenter. Le passage d’une économie de cueillette qui produira bon an mal an 90 millions de tonnes de produits halieutiques, à une économie d’élevage plus exposée aux aléas, naturels, sanitaires et autres, aura des conséquences sur la régularité des approvisionnements.
Philippe FAVRELIERE

Image de Google Earth : lac Maninjau vu du ciel
Crédit photographique : Bryan Harry (Milkfish)

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