dimanche 26 octobre 2008

Chinook ou l'acharnement d'un peuple à défendre ses racines à travers le saumon

Comment expliquer l'acharnement de la société civile et des communautés de pêcheurs à défendre son saumon sauvage devant l'avancée irrésistible des salmonicultures au pays du Chinook et du Sockeye son cousin ?

Il faut probablement remonter dans l'histoire de la colonisation européenne de cette région de Colombie Britannique (Canada) où les peuples autochtones avant leur soumission avaient bati tout une culture autour du saumon. Avec la reconnaissance des droits de pêche pour ces peuples autochtones par la Cour Suprême du Canada en 1990, le saumon redevenait le totem de la côte Est du Pacifique.

"Les premières Nations sont responsables de la conservation, de la protection et de la réhabilitation des écosystèmes, des ressources de poisson et de leur habitat. Cette responsabilité de protection de la Terre nous vient du Créateur. Nous avons des liens spirituels, culturels et historiques avec toutes les ressources de la pêche, et tout particulièrement avec le saumon. Les Musqueam sont un peuple antique et leurs ancêtres ont vécu près de l'embouchure de la rivière Fraser pendant des milliers d'années. Les Musqueam ont toujours pêché le saumon dans cette rivière et les nombreux petits ruisseaux qui coulent en bas des collines où se trouve maintenant Vancouver, et leur économie s'est toujours appuyée sur la pêche. En plus du saumon, nos ancêtres récoltaient des coquillages sur les côtes de Stanley Park, de Bowen island et de Boundary Bay. Ils capturaient aussi l'esturgeon, le hareng,..."
(Suite.... Musqueam fisheries)

Cette amour pour le saumon est retransmis dans les sites internet notamment celui de l'histoire de l'entreprise BC Packers

Le 3 septembre 2010

L'Assemblée des Premières Nations appuie les Premières Nations de la Colombie-Britannique en réclamant des consultations en bonne et due forme sur la réglementation provinciale proposée en matière d'aquaculture

OTTAWA, le 3 sept. /CNW/ - Le Chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Shawn A-in-chut Atleo, et la Chef régionale de l'APN en Colombie-Britannique, Jody Wilson-Raybould, ont lancé aujourd'hui un appel au ministère des Pêches et des Océans dans le but de s'assurer que le nouveau projet de règlement sur l'aquaculture répondra aux besoins de toutes les parties intéressées et qu'il fera l'objet d'une étroite collaboration avec les Premières Nations, de manière à ce que celles-ci aient l'occasion de jouer un rôle actif et tangible dans l'élaboration de la nouvelle réglementation.

« Je suis très inquiet de constater que le ministère des Pêches et des Océans n'a accordé qu'une journée de discussions aux Premières Nations de la Colombie-Britannique depuis que le projet de règlement a été rendu public, la date limite de présentation des commentaires approchant à grands pas », a fait savoir le Chef national Atleo. « Cette réglementation contribuera à établir de nouvelles normes de gestion du secteur de l'aquaculture en Colombie-Britannique, ce qui touchera de nombreux membres des Premières Nations. Comme les Premières Nations sont des acteurs clés dans ce dossier et qu'elles ont des droits autochtones et des droits aux ressources uniques, il est capital d'entamer avec elles un dialogue constructif et authentique. L'APN appuie les Premières Nations de la Colombie-Britannique qui réclament des pourparlers immédiats avec les gouvernements provincial et fédéral, dans une optique collaborative. »

Le 10 juillet 2010, le ministère des Pêches et des Océans a rendu public le projet de réglementation intitulé Règlement du Pacifique sur l'aquaculture. La date limite de présentation des commentaires et des observations relativement à ce règlement est le 8 septembre, et les Premières Nations n'ont pas eu l'occasion de fournir les leurs de façon éclairée. L'APN a réclamé une réunion urgente avec l'honorable Gail Shea, ministre des Pêches et des Océans, dans le but de discuter de l'établissement d'une meilleure relation de travail avec les Premières Nations de la Colombie-Britannique dans le cadre d'un processus conjoint sur la mise en œuvre des règlements et des initiatives de réforme dans le secteur de l'aquaculture.

« Je me permets d'insister sur la nécessité de mener des consultations significatives auprès des Premières Nations et de faire preuve d'accommodement quant aux activités ayant une incidence sur leurs droits et leurs territoires », a déclaré la Chef régionale de l'APN en Colombie-Britannique, Jody Wilson-Raybould. « Cette façon de faire, en plus d'être la plus convenable, favorisera la planification stratégique, la coordination et la responsabilisation dans la gestion de l'aquaculture. La réforme de l'aquaculture est porteuse de nombreux défis, et les Premières Nations souhaitent trouver un juste milieu entre la prospérité économique et l'adoption de pratiques durables et écologiques. Les Premières Nations qui comptent sur les ressources halieutiques seront touchées par ces nouveaux règlements pendant des siècles. Par conséquent, nous devons prendre le temps nécessaire pour les mettre en œuvre de façon adéquate. »

L'Assemblée des Premières Nations est l'organisme national qui représente les citoyens des Premières Nations au Canada

Canada : meilleure valorisation du hareng, de la farine à la rogue

La pêche au hareng a débuté en Colombie Britannique (Canada) au début du siècle dernier, mais elle n’a pris de l’ampleur qu’avec l’expansion de la production de hareng salé à sec, au milieu des années 1930. Le hareng du Pacifique est une espèce pélagique présente dans les eaux côtières et hauturières du Pacifique Nord. Son aire de répartition dans l’est du Pacifique s’étend de la Californie jusqu’à la mer de Beaufort.
Hareng pour la farine
Du milieu des années 1940 jusqu'à la fin des années 1960, le hareng était pêché pour être transformé en produits de valeur relativement faible, comme la farine et l'huile de poisson. Le stock a connu un déclin au moment de l’effondrement des stocks côtiers en raison de la surpêche du début des années 1960, ce qui a mené à la fermeture de la pêche minotière commerciale en 1967. Le stock s’est rétabli au milieu des années 1970 en raison de conditions environnementales favorables et d’un faible taux d’exploitation.
Pendant la fermeture de 1967 à 1973, les petites pêches traditionnelles au hareng à des fins de subsistance se sont tout de même poursuivies à l'échelle locale. C'est à cette époque qu' une petite pêche au hareng rogué a été expérimentée.
Rogue de hareng
Au début des années 1970, l’intérêt des Japonais pour la rogue de hareng, les œufs du poisson, a revitalisé l’industrie de la pêche. Les prises de harengs avaient diminué. Les conserveries ont embauché des centaines d’hommes et de femmes pour extraire et traiter la précieuse rogue. Les usines de réduction transformaient les carcasses de hareng abandonnées en farine, en huile et en extraits solubles. Une quantité importante de hareng sert aussi à la production d'oeufs sur varech et à nourrir les autochtones.
Aujourd'hui, l'objectif de la pêche au hareng consiste à obtenir un produit de haute qualité et de faible volume qui soit rentable et écologiquement rentable. Le taux d’exploitation cible du hareng rogué est fixé à 20 % de la biomasse prévue du stock adulte, lorsque celle-ci dépasse suffisamment la biomasse minimale du stock reproducteur (seuil). Le stock est demeuré assez stable depuis le début des années 1980. Les évaluations récentes indiquent que la biomasse des harengs adultes est toujours bien supérieure au seuil (12 100 t) et qu’elle pourrait soutenir les pêches commerciales et autochtones en 2008.
Source : MPO

Pêche : l'artisanat plus efficace que l'industrie


Dans le domaine de la pêche, l'innovation technologique et la course à la taille seraient-elles condamnées ? Alors que partout dans le monde les stocks de poissons diminuent de manière dramatique, une étude récente de l'Université de Colombie britannique et publiée dans le journal « Conservation Biology » va contre quelques idées reçues. Selon les auteurs cités par les bulletins électroniques qui compilent des informations scientifiques en provenance des ambassades de France dans le monde, les pêcheurs opérant sur des navires de moins de 15 mètres capturent autant de poissons pour la consommation humaine que les pêcheries industrielles, alors qu'elles utilisent des techniques plus sélectives, moins destructrices et nécessitant 8 fois moins de carburant. Les chercheurs montrent pourtant que la pêche artisanale est doublement désavantagée par les initiatives d'éco-étiquetage et de labellisation et par des politiques de subvention des carburants mal conçues. Selon une estimation de Rashid Sumaila du UBC Fisheries Centre, sur les 30 à 34 milliards de dollars annuellement dans le monde pour subventionner la pêche, 25 à 27 milliards de dollars iraient aux flottes de pêche industrielle. Source : Les échos

Autre article :

Libéraliser la pêche, un danger pour la sécurité alimentaire

La libéralisation du marché des produits de la mer menace la sécurité alimentaire des pays en développement, selon un rapport publié par le groupe de défense de l’environnement, Greenpeace International. D’après le rapport intitulé « La marchandisation des océans », la libéralisation de ce marché se traduira par une augmentation des prix du poisson dans les pays en développement. En effet, davantage de ressources seront consacrées à l’exportation et les stocks de poissons pour la consommation locale diminueront. Le poisson ne sera plus destiné à l’alimentation des plus pauvres mais servira à nourrir le poisson d’élevage, relançant une aquaculture non durable, comme l’élevage de crevettes et de saumon, s'est inquiété le rapport. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) envisage de diminuer, voire de supprimer les droits de douane sur le poisson et les produits de la pêche. Greenpeace a souligné que cette mesure profiterait à une poignée de pays développés, exportateurs de poisson, qui disposent de solides systèmes de gestion de la pêche. « Si l’OMC adopte cette mesure, le prix du poisson chutera, mais seulement à court terme », a déclaré Daniel Mittler, conseiller en commerce international pour Greenpeace, lors de la publication du rapport à Nairobi, la capitale kényane. Toujours selon l’organisation de défense de l’environnement, la libéralisation du marché ne fera qu’accélérer l’épuisement des ressources halieutiques mondiales, en raison d’une surexploitation continue, notamment dans les pays en développement. Cette libéralisation du marché entraînera, à moyen et à long terme, une hausse des prix à mesure que les stocks mondiaux s’épuiseront, a indiqué le rapport. Par ailleurs, la libéralisation du marché des produits de la mer constitue une menace pour l’écosystème marin et les conséquences de la surexploitation sont déjà visibles le long de la côte kényane. En effet, Athman Seif, président du Kenya Marine Forum, a signalé que la baisse des ressources halieutiques avait de graves conséquences sur la vie des populations côtières. « Les bateaux sont contraints de s’éloigner de la côte et les prises sont toujours plus maigres », a dit M. Seif.A Malindi, une ville située sur la côte kényane, le prix du poisson a doublé en 10 mois, et est passé de 120 shillings (1,50 dollar) à 240 shillings (trois dollars), a-t-il ajouté. D’autre part, si les pêcheurs ne peuvent s’éloigner, « pêcher près des côtes nuit également à la faune et à la flore marines. Les côtes sont d’une importance majeure pour la reproduction car elles abritent des récifs coralliens », a-t-il rappelé. Les pêcheurs ne disposent souvent pas de l’équipement nécessaire à la pêche en haute mer. En effet, ce sont souvent les entreprises étrangères qui pêchent à plus de 10 milles nautiques de la côte. Le poisson est généralement exporté en Europe ou au Japon. « Le poisson qui devrait servir à nourrir les populations [des pays en développement] finit dans les assiettes des Européens », a déploré Sari Tolvanen, responsable de la campagne internationale ‘Océans’ chez Greenpeace. Daniel Mittler a souligné que les pêcheurs locaux ne pouvaient pas rivaliser avec les énormes chalutiers, bien équipés. Au moins 600 chalutiers étrangers draguent, légalement ou illégalement, les fonds marins kenyans, d’après les résultats d’une étude menée en 2004/2005 par le Ministère de la pêche du Kenya. Le Kenya devrait mettre en place un système de garde côte, a estimé M. Seif. « Au lieu d’octroyer des permis [aux bateaux de pêche étrangers, le gouvernement] devrait plutôt contrôler la situation. Il faut trouver un juste équilibre entre l’exploitation et la conservation des ressources », a-t-il déclaré. La faune marine du monde entier est menacée d’extinction, y compris des poissons comme le thon rouge et la morue, a signalé Greenpeace. Greenpeace tente de convaincre les gouvernements de mettre en place des systèmes de quotas afin d’éviter la surexploitation des ressources halieutiques. En outre, il est urgent que la communauté internationale respecte la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, améliore les systèmes de surveillance des pays en développement et favorise la reconstitution des stocks halieutiques en instaurant des réserves marines afin de protéger les espèces menacées et les récifs coralliens, qui offrent refuge et nourriture à une multitude de poissons. Pour Sari Tolvanen, des accords de partenariat encourageant une pêche équitable doivent être signés entre les pays développés et les pays riches. Le rapport de Greenpeace a été publié en marge du Forum social mondial qui se déroule du 20 au 25 janvier à Nairobi. M. Mittler a souligné qu’il s’agissait « d’un moment opportun pour exhorter les responsables de pays développés à cesser la libéralisation du marché à tout prix. »Les ministres du Commerce des pays membres de l’OMC sont attendus au Forum économique mondial, à Davos, en Suisse, le 27 janvier prochain, où ils aborderont la question de la libéralisation du marché. « Le message envoyé de Nairobi à Davos est clair : les plans de libéralisation débridée du marché des pêcheries doivent être abandonnés immédiatement au regard des graves impacts sociaux et environnementaux de la sur-exploitation des ressources qui s'ensuit » ont conclu M. Mittler et Stefan Beaucher, en charge de la campagne ‘Océans’ à Greenpeace France. « Si les ministres rassemblés à Davos persistent à évoluer vers une libéralisation aveugle, les écosystèmes marins et la sécurité alimentaire de milliards d'individus en paieront le prix », ont-ils affirmé.
Source : IRIN

Somalie-Yémen : les Yéménites prennent de gros risques en pêchant dans les eaux somaliennes

Fadel el Nawbi, pêcheur yéménite de 27 ans, avait juré de ne plus retourner naviguer dans les eaux somaliennes ; et pourtant, dès son retour à Mukalla (à 750 kilomètres au sud de Sanaa), après une nouvelle expédition de pêche, il s’est mis à repenser à l’alternative qui s’offre à lui : rester sans travail ou repartir en mer pêcher dans les eaux potentiellement dangereuses de la région somalienne autonome du Puntland. « Pendant quatre ans, les sorties en mer m’ont mené dans différentes villes somaliennes. Atteindre les eaux somaliennes peut prendre jusqu’à trois jours, en fonction de l’état de la mer. Nous accostons dans des villes côtières comme Bosasso [le principal port du Puntland] pour nous ravitailler en nourriture, en glace [pour la conservation du poisson] et en carburant », a-t-il expliqué. Les sorties en mer ne sont pas faciles et on doit s’attendre au pire à tout moment, a-t-il ajouté. « Les pirates somaliens, les fortes tempêtes et les raz-de-marée peuvent faire tressaillir même les personnes les plus téméraires ». Les pêcheurs yéménites et leurs homologues somaliens de la région du Puntland ont conclu une sorte d’accord officieux : Les Yéménites envoient leurs bateaux en Somalie, recrutent des Somaliens qui pêchent pour eux et leur revendent le produit de leur pêche, ou alors ils ont l’autorisation de pêcher dans les eaux somaliennes et paient en contrepartie une forte redevance. Dans ce cas, le ministère de la Pêche du Puntland délivre une licence de pêche aux pêcheurs yéménites et met à leur disposition un agent de sécurité armé, présent à bord du bateau.
Pour obtenir une licence de pêche, les propriétaires des bateaux yéménites doivent au préalable verser 1 000 dollars américains aux autorités du Puntland par l’intermédiaire d’un agent en poste à Mukalla, dans le sud du Yémen. Munis de cette autorisation, les pêcheurs yéménites peuvent pêcher librement dans les eaux territoriales du Puntland. L’agent somalien paie 300 dollars à l’agent de sécurité embauché. Lorsque les pêcheurs yéménites choisissent d’acheter les prises des Somaliens – ayant affrété des bateaux de pêche yéménites -, ils doivent payer 1 200 dollars (1 000 dollars pour la licence de pêche et 200 dollars pour les taxes). En général, le poisson pêché par chaque bateau peut être vendu jusqu’à 10 000 dollars au Yémen.
Les dangers de la mer
A en croire les pêcheurs yéménites, divers dangers les guettent quand ils sont en mer et naviguent vers la Somalie. « Lorsque les pirates somaliens voient nos bateaux, ils nous barrent la route et exigent que nous leur donnions du carburant et de la nourriture. Ce sont des gens qui ont faim. Parfois, ils nous prennent en otage et demandent une rançon de 20 000 dollars avant de nous relâcher. Nous sommes impuissants face à cette situation. Nous ne pouvons pas leur donner de l’argent, puisque nous n’en avons pas sur nous. Nous contactons alors l’agent par radio et lui expliquons notre mésaventure avec ses concitoyens. L’agent négocie avec les pirates, puis nous sommes libérés quelques instants plus tard – en général, après avoir été dépossédés de nos biens, injuriés et intimidés », a expliqué M. el Nawbi. Un de ses amis a été abattu récemment alors qu’il était poursuivi par des pirates somaliens. M. el Nawbi et ses amis ne perçoivent pas de gros salaires, mais pour eux, la pêche dans les eaux somaliennes est le seul moyen de gagner leur vie. « Les propriétaires de bateaux nous paient environ 150 dollars pour chaque expédition en mer. Lorsqu’il y a une bonne prise [une cargaison de poissons tout juste pêchée par les Somaliens et prête à être vendue], nous la prenons et la ramenons. Mais lorsqu’il n’y a pas de poisson, nous sommes obligés d’attendre que les pêcheurs somaliens nous ramènent des poissons », a-t-il dit. Les autorités du Puntland se sont plaintes des activités des navires de pêche illégaux venant du Yémen et de leur responsabilité dans l’épuisement des stocks de poissons dans les eaux somaliennes. Les Yéménites reconnaissent que bon nombre de leurs compatriotes participent au pillage des ressources halieutiques de la région du Puntland, ce qui leur coûte souvent cher. « Un jour, des amis yéménites sont allés pêcher là-bas et ont réalisé des prises d’une valeur de 5 000 dollars. Les pêcheurs somaliens ont saisi tous leurs poissons », a expliqué M. el Nawbi.
Quant aux propriétaires de bateaux d’Hadhramaut, ils gagnent des millions de rials en vendant les prises sur le marché yéménite. Omar Gamim, responsable de l’union des coopératives de pêche (UCP) de Mukalla, une association regroupant les pêcheurs installés le long des 360 kilomètres de littoral de Hadhramaut, conseille aux pêcheurs de ne pas prendre la mer seuls pour pêcher dans les eaux somaliennes : « Les pêcheurs devraient partir en mer en groupes ». D’après les statistiques de l’UCP, il y aurait environ 12 197 pêcheurs à Hadhramaut et 4 611 bateaux ou navires de pêche. Quelque 3 860 familles vivraient des revenus de la pêche. L’âge des pêcheurs serait compris entre 16 et 40 ans. Le volume total des prises en 2005 était estimé à 63 000 tonnes, et l’année dernière, il était passé à 470 000 tonnes, selon l’UCP.
Source : IRIN

Guinée : la pêche illégale, une menace pour les pêcheurs guinéens

Les moyens de subsistance des pêcheurs locaux sont de plus en plus menacés par les nombreux chalutiers industriels venus d’Europe, de Chine, de Corée et de Russie, qui pêchent souvent illégalement dans les eaux guinéennes, autrefois riches en poissons. « Les zones exclusivement réservées à la pêche locale devraient être reconnues par les navires industriels, qui devraient s’en tenir éloignés, leur présence posant de nombreux problèmes économiques et sociaux », a indiqué à IRIN Souba Camara, des autorités portuaires de Conakry. Selon M. Souba, la loi interdit aux navires industriels de pêcher dans les zones proches du littoral qui ont été attribuées aux pêcheurs locaux, mais la loi est généralement ignorée. Faire appliquer cette loi ne profiterait pas uniquement à un petit nombre de pêcheurs, estime M. Camara. En effet, « une cinquantaine de personnes peuvent dépendre des revenus que rapporte dans son filet un seul pêcheur local », a-t-il expliqué. Presque aucun des grands navires industriels qui naviguent sur les eaux guinéennes n’appartient aux Guinéens. Le gouvernement de la Guinée, l’un des pays les plus pauvres du monde, y perd également des revenus. Plus de 100 millions de dollars de poisson sont pêchés illégalement dans les eaux guinéennes chaque année, selon une étude menée par le Groupe londonien d’évaluation des ressources marines. Mais ce sont les pêcheurs guinéens qui sont les premières victimes de cette pratique. « Si nous pouvions régler la situation de sorte que les gros bateaux restent loin de nous [les pêcheurs locaux], dans les zones qui leur ont été attribuées, nous pourrions faire notre travail », a expliqué Mamadou Camara, pêcheur. « Sinon, au cours de l’année qui vient, nous pourrions nous retrouver sans poisson dans notre zone ».
Inertie du gouvernement
Le gouvernement guinéen a tenté d’interdire l’exportation de certaines espèces de poissons pour faire en sorte qu’il y en ait davantage sur les marchés locaux. Néanmoins, selon les pêcheurs avec qui IRIN s’est entretenu, cette mesure n’a servi qu’à ouvrir la voie à une recrudescence du trafic international et à réduire d’autant plus leurs revenus. Le gouvernement n’a pas les moyens de surveiller ses eaux, d’après Souba Camara, des autorités portuaires. En 2003, les autorités avaient tenté de mettre sur pied un projet dans le cadre duquel les pêcheurs de la région devaient signaler par radio les navires pirates qu’ils apercevaient, ainsi que toute autre activité illégale à divers postes de contrôle situés le long de la côte, mais l’initiative a été interrompue en 2006, faute de financement, selon Issiaga Daffe, président de l’association des pêcheurs guinéens. M. Daffe a exhorté le gouvernement et les bailleurs de fonds à renouveler leurs efforts de surveillance, et a appelé à la mise en place de services de micro-crédit pour les pêcheurs. La sécurité des pêcheurs fait également l’objet de préoccupations de plus en plus vives. Le nombre d’accidents de bateau a en effet augmenté parallèlement à la recrudescence de la pêche clandestine, de nombreux navires naviguant illégalement la nuit, sans lumière. « Il est arrivé que des personnes se fassent tuer », a en outre indiqué Souba Camara. Pourtant, malgré les risques accrus auxquels ils sont confrontés et la diminution de leurs revenus, les pêcheurs disent n’avoir pas d’autre choix que de continuer à faire leur travail. « La pêche, je ne sais faire que ça », a déclaré Souriba Camara, qui possède un bateau en bois de trois places, baptisé « Ayez confiance », et descend d’une longue lignée de pêcheurs. « La pêche, c’est ce que je suis », a-t-il ajouté.
Source : IRIN du 14/02/08

Egypte : les moyens de subsistance des pêcheurs menacés

Ahmad Issa, 41 ans, pêche dans le lac Maryout [également orthographié Maryut ou Marriout], près de la ville portuaire d’Alexandrie depuis 30 ans. Comme des milliers d’autres pêcheurs, Ahmad Issa a rapporté qu’il souffrait constamment de maladies de peau, causées par la pollution de l’eau. « Je ne peux rien tenir entre mes mains lorsque ma peau est infectée. Les médecins me prescrivent des pommades, mais même avec ça, je dois parfois rester à la maison », a expliqué M. Issa à IRIN, au cours d’un entretien téléphonique. M. Issa gagne entre 15 et 20 livres égyptiennes [2,82-3,76 dollars] par jour, mais ce qui l’inquiète davantage, ce sont ses prises, de plus en plus maigres. « Il y a 15 ans, je pêchais 50 à 60 kilos de poisson par jour. Aujourd’hui, je n’arrive pas à pêcher plus de cinq kilos et parfois, je rentre même bredouille », a-t-il déploré, ajoutant que ses prises actuelles ne suffisaient pas à nourrir sa femme et ses quatre enfants. Certaines organisations non-gouvernementales (ONG) telles que l’association Friends of the Environment (FEA), l’Union égyptienne des coopératives de pêcheurs (UECP) et l’Association des pêcheurs (AP), qui soutiennent les pêcheurs, ont lancé des campagnes contre la pollution des eaux du lac. « Les prises ont considérablement diminué au cours des 30 dernières années, passant d’environ 11 000 tonnes de poisson en 1976 à 5 211 tonnes en 2006 », a confirmé Mohamed al-Feky, président de l’UECP. « Environ 7 000 pêcheurs dépendent du lac pour vivre et 10 000 autres personnes travaillent dans des domaines liés à la pêche, tels que la construction de bateaux, la confection de filets et la vente de poisson. Cela signifie que les moyens de subsistance de ces personnes et de leurs familles (quelque 78 000 individus) sont menacés », a-t-il dit. Il y a également 5 000 pêcheurs non-déclarés, selon l’AP. D’après M. al-Feky, un millier de personnes ont abandonné le secteur halieutique depuis 2006 et sont aujourd’hui sans emploi. Selon ses estimations, les pertes globales s’élèvent à 86 millions de livres égyptiennes (16 millions de dollars) par an.
Pollution
« Alexandrie assure environ 40 pour cent de la production industrielle de l’Egypte, et cela se traduit par une forte pollution des eaux du lac », a-t-il expliqué. Les deux usines de traitement des eaux usées n’ont pas la capacité de traiter l’ensemble des eaux usées et autres effluents, a-t-il poursuivi. « Deux tiers des eaux usées de la ville sont déversées dans le lac et sont ensuite pompées jusque dans la baie de Mex, à l’ouest d’Alexandrie », a-t-il indiqué, ajoutant que les déversements chimiques engendrés par les activités agricoles menées dans la zone contribuaient également à polluer le lac. La pollution provoque en outre le développement d’une végétation non-désirée le long des rives du lac, selon Salah al-Alfi, de l’AP de Maryout. « Ces plantes font obstacle à la pêche, réduisent le niveau d’oxygène dans l’eau et entravent la pisciculture », a-t-il expliqué. Selon M. al-Alfi, l’AP propose des solutions depuis 1999 mais n’a obtenu aucune réponse de la part du gouvernement. « Nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi ils refusent de sauver le lac ». La Banque mondiale prévoyait en 2006 de lancer un projet ciblé sur les zones les plus polluées des agglomérations du Caire et d’Alexandrie, mais un contact au sein de l’organisation a confié à IRIN que le projet avait été mis en sommeil.
Comblement du lac
« Une autre menace grave plane sur le lac : le comblement », a expliqué Mohamad Abdel Aziz al-Gendi, président de la FEA. « Les activités de comblement ont commencé il y a longtemps, et elles ont fait perdre au lac la majeure partie de sa superficie : aujourd’hui, il s’étend sur une superficie de 6 880 hectares [contre 24 280 hectares en 1889]. Ces jours-ci, le rythme du comblement s’accélère. Le gouvernorat prévoit de construire la “Nouvelle ville d’Alexandrie” sur 1 000 feddans [un hectare équivaut à plus de deux feddans] du lac, un projet qui a dû être suspendu pour s’être heurté à une opposition féroce de notre part », a-t-il expliqué. « Nous aurons recours à toutes les mesures possibles pour faire cesser le comblement de ce bassin, même si nous devons aller devant les tribunaux. Ils peuvent construire ces projets dans le désert, mais pas sur le lac qui assure l’équilibre biologique de la région », a observé M. al-Gendi.

Source : IRIN

samedi 25 octobre 2008

Epuisement de la ressource halieutique : ne nous trompons pas de cible !

Réaction suite à l'émission du samedi 25 octobre 2008 sur France Inter, CO2 mon amour consacrée à la pêche : Quels avenirs pour la ressource halieutique et l'environnement marin ?
Je voulais réagir au livre "Plus de poisson à la criée" de Frédéric Denhez après le livre "Une mer sans poissons". D'après ces deux livres parus en 2008, l'épuisement de la ressource halieutique est lié à la surpêche (augmentation de l'effort de pêche) qui elle-même dépend des subventions attribuées au secteur de la pêche. Pour simplifier, la cause de la disparition des espèces de poisson est l'activité de pêche elle-même. La réponse de la politique commune des pêches en Europe (PCP): moins de bateaux, moins de pêcheurs et bientôt mise en place des QIT (Quota individuel transférable). L'objectif est de privatiser la ressource halieutique. Les grandes sociétés de pêche européennes (Pescanova, Intermarché,...) et les multinationales de la pêche norvégiennes et japonaises qui par ailleurs ont été les plus subventionnées, n'attendent que celà, au détriment du secteur artisanal de la pêche côtière de nos pays européens.
La richesse de la mer dépend aussi de l'état de santé de la bordure côtière.
Un aspect rarement abordé dans la crise de la ressource halieutique est la pollution côtière d'origine agricole, urbaine et industrielle ainsi que la destruction des écosystèmes littoraux. C'est pourtant dans ces zones côtières que la plupart des espèces capturées se reproduisent et que les alevins se nourrissent... L'avenir de la pêche dépend de ces zones littorales qui ont été fragilisées ou même détruites parfois sur des superficies très importantes : on parle de zones mortes (Mer Baltique, Golfe du Mexique,...).
Le poids de la pêche minotière dans le monde est négligé.
Face à la raréfaction de la ressource halieutique, pourquoi ne parle-t-on jamais de la pêche minotière ? Cette activité de type industriel qui transforme les captures en farine et en huile de poisson, est l'activité de pêche la plus importante dans le monde. Entre 25 à 30 millions de tonnes de poisson (soit près de 30% des captures mondiales) sont transformés en farine et en huile. Cette farine et cette huile de poisson servent à nourrir le bétail (porc et volaille), et maintenant surtout des poissons d'aquaculture (saumon, truite, bar, daurade et turbot). Dans l'UE, le Danemark est le premier pays minotier. La pêche minotière de l'UE représente un tonnage supérieur aux prises réunies de l'Espagne et de la France, mais, curieusement, la Commission place cette activité de pêche à part, alors qu'elle a des conséquences non négligeables sur la chaîne alimentaire.
N'y aurait-il pas un lobbying (pêche minotière + aquaculture industrielle) au niveau européen et même mondial pour étouffer les vrais problèmes de la pêche ? Un saumon d'élevage de 2 kg consomme l'équivalent de 10 à 12 kg de poisson sauvage (réduit en farine et en huile) !
En France, les débarquements en criée diminuent, par contre la consommation des produits de la mer augmente (de 30 à 35 kg/hab/an en moins de 10 ans) et tout particulièrement la consommation des espèces élevées (saumon, bar, daurade, crevette...) qui ne passent pas en criée. Ces espèces sont élevées, conditionnées et distribuées par des multinationales cotées à la bourse d'Oslo ou de Santiago du Chili ; les quatre sociétés les plus importantes contrôlent près de 50% de la production mondiale de saumon d'élevage.
Philippe FAVRELIERE

mardi 21 octobre 2008

Chine : plaque tournante de la transformation du poisson

En quelques années, la Chine est devenue la plaque tournante de la transformation du poisson dans le monde. Saumon d'Amérique du Nord, lieu d'Alaska, maquereau de Norvège, ... sont transformés en filets de poisson dans des usines localisées sur la côte chinoise : Qingdao, Dalian,... Ces filets sont ensuite réexportés en Europe, aux USA et au Japon.


Exemple du saumon sauvage pêché
dans les eaux de Russie (Kamtchatka / Pacifique du Nord-Ouest)



Evolution des exportations chinoises de filets de poisson congelés sur les principaux marchés mondiaux (chiffres exprimés en tonnes)


Source : TRAFFIC (document intégral en anglais) Linkages Between Russian Salmon Fisheries and East Asian Markets (PDF, 1.7 MB)

Pour plus d'informations :

lundi 20 octobre 2008

Poissons de mer, huîtres et moules sont des aliments sans OGM

Courriel envoyé à l'association Vivre Sans OGM suite à la parution de sa liste de produits sans OGM en septembre 2008
Bonjour,
Dans la liste des produits sans OGM que vous conseillez, je constate pour les poissons un oubli de taille : les poissons sauvages capturés en mer par les pêcheurs. Vous n'indiquez que des poissons d'élevage (truite, saumon, bar, daurade royale, turbot) ainsi que crevettes (d'élevage ?) et produits transformés (saumon et truite fumés) issus aussi de l'aquaculture (à l'exception de filets de saumon sauvage d'Amérique du Nord de Labeyrie). Pourquoi n'avoir indiqué que des poissons d'élevage et ne pas parler des poissons sauvages pourtant à la base de l'alimentation des poissons élevés. Par exemple : qu'il soit bio ou non, un saumon de 2 kg consomme l'équivalent de 10 à 12 kg de poissons de mer sauvages (hareng, chinchard, maquereau, anchois, sardine,...).
D'autre part, pourquoi ne pas indiquer dans votre liste, les huîtres et les moules élevées naturellement (sans apport d'aliments OGM) ; elles se nourrissent de phytoplancton.

Pour conclure, en omettant dans votre liste, les produits de la pêche (merlu, lotte, sardine, maquereau, maigre, langoustine, etc, etc) et les produits de la conchyliculture (huître, moule) qui proviennent encore pour une grande partie d'entreprises familiales de nos régions côtières françaises, vous risquez de favoriser les produits de la pisciculture qui proviennent en grande partie de grands groupes français et surtout multinationaux. L'élevage de saumon est controlé par une trentaine d'entreprises dans le monde, la plupart des multinationales cotés en bourse comme Marine Harvest, Cermaq, Aquachile, AntarChile, Cook aquaculture, Marine Farm, Invertec group,...). Nos grands groupes de la distribution se fournissent dans ces grands groupes de l'aquaculture et non pas auprès des petites piscicultures qui produisent elles des truites ou des saumons vraiment "bio" en pratique et dans l'esprit.
Actuellement, aux USA, il y a un débat autour du saumon (bio et sauvage) voir le site : http://www.puresalmon.org/. Certaines organisations environnementalistes et de pêcheurs demandent un moratoire à la salmoniculture au Chili (2ième producteur mondial) et au Canada (3ième producteur).
Pour plus d'infos vous pouvez me contacter
A bientôt
Philippe FAVRELIERE

Informations complémentaires :

Le 23 octobre 2009

Adoption de l’étiquetage sans OGM par des groupements fermiers (Agro-alimentaire)
Pour les consommateurs, la loi européenne sur l’étiquetage de la présence ou non d’OGM dans un produit était incompréhensible, voire ridicule. L’affichage de la présence d’OGM dans les produits transformés contenant plus de 0,9% d’OGM est obligatoire, mais ne l’est pas pour les produits provenant d’animaux nourris avec des aliments contenant de l’OGM. Ainsi, les représentants des Fermiers de Loué, du Porc de la Sarthe et du Bœuf fermier du Maine ont dévoilé à la presse le 23 juillet dernier leur nouvelle étiquette commune « sans OGM », avec la mention « nourri sans utilisation d’OGM ».
Cette étiquette est là pour informer avant tout le consommateur, mais sert aussi à véhiculer les positions et montrer les efforts qu’a accompli la filière, indique les groupements. A noter que ce genre d’étiquetage était auparavant interdit et n’a pu être appliqué qu’après l’avis favorable sur l’étiquetage de l’absence d’OGM dans l’alimentation des bêtes, rendu par le CNC le 19 mai dernier. Outre les trois groupements fermiers, d’autres filières se disent aussi à l’origine de cette démarche, et d’autres ne tarderont pas à y adhérer. Pour les volailles, les éleveurs qui veulent adhérer n’auront besoin que de six mois pour adapter leurs exploitations aux exigences du label, indique Yves de la Fouchardière. Toutefois, il faut rappeler que cet étiquetage ne fait pas l’unanimité au sein de la filière… question de coût.

Bangkok, une femme prend la parole : "Nous ne sommes pas de pauvres pêcheurs artisanaux. Nous sommes une Puissance Alimentaire"

Discours de la présidente des pêcheurs du Chili lors de la Conférence de la FAO à Bangkok (octobre 2008) : "No somos los pobres pescadores artesanales. Somos una Potencia Alimentaria." (Nous ne sommes pas de pauvres pêcheurs artisanaux. Nous sommes une Puissance Alimentaire").
En tant que dirigeante de pêcheurs, l'une des seules au niveau mondial pour la pêche à petite échelle, Zoila Bustamante, la présidente de la Confédération Nationale des Pêcheurs Artisanaux du Chili (Conapach) a prononcé un discours fort, direct, mais aussi plein d'émotion.
Bustamante est peut-être l'expression de ce que pointait le dr. Plodprasop Suraswadi lors de son intervention magistrale au moment de l'inauguration de la conférence de Bangkok. Ce dernier a invité les agences internationales et les gouvernements à établir de nouvelles relations avec les communautés de pêcheurs à petite échelle, pour changer le système conventionnel de gestion de la pêche.
Le discours de la présidente des pêcheurs a insisté sur les points suivants : que les gouvernements ne délivrent plus de concessions aquacoles, qu'ils repoussent les Quotas Individuels Transférables (QIT), et elle a critiqué la pêche au chalut en invitant les gouvernements à favoriser les engins de capture utilisés par les pêcheurs à petite échelle.
D'autre part, elle a demandé que les acteurs de son secteur soient respectés et qu'ils ne soient plus considérés comme de "pauvres pêcheurs artisanaux", parce que "nous ne sommes pas pauvres", a affirmé la dirigeante, nous sommes "une puissance alimentaire". Et elle a ajouté : "c'est peut-être la raison pour laquelle on nous a invité ici". Elle a aussi indiqué qu'elle est un exemple quant au rôle que les femmes peuvent exercer dans le secteur de pêche artisanale. "des personnes pensent encore qu'il y a incompatibilité entre femme et pêche artisanale, je veux qu'ils prennent exemple sur le Chili où une femme est présidente des pêcheurs artisanaux", a affirmé la dirigeante sous les applaudissements de l'assistance. Et elle a exigé que "toutes les formes de discrimination à l'égard de la femme soient rapidement éliminées".
Les mots qu'emploie cette femme, matelot à la pêche des coquillages au Sud du Chili, représentent une nouvelle forme de langage dans ce type de conférences internationales qui selon elle "en plus des chiffres, des arguments politiques, il est aussi nécessaire de parler avec son coeur". La dirigeante a demandé que toutes ces discussions ne restent pas classées sans suite dans les bureaux des fonctionnaires et que des actions concrètes se mettent en oeuvre afin que les exigences des pêcheurs artisanaux deviennent des réalités. Je crois que "la FAO a mis beaucoup de temps pour nous inviter en tant que pêcheurs à part entière"." Le seul message que je veux laisser aujourd'hui - a affirmé Bustamante-, c'est que la pêche artisanale du monde entier dure toujours, et que la pêche artisanale soit plus forte encore ". Le discours de Zoila Bustamante qui en a choqué plus d'un dans cette Conférence Internationale, a été vivement applaudi, et elle a été félicitée par une majorité de l'assistance.
Source : article de Patricio Igor pour la Conapach

Pour plus d'information : http://sites.google.com/site/smallscalefisheries/spanish-newsletter

samedi 18 octobre 2008

OMC étudie l'impact des subventions sur la pêche

Les Membres de l'OMC ont très vite reconnu, dans le cadre du CCE, que l'une des principales façons dont l'OMC pouvait contribuer à la protection de l'environnement était de veiller à l'élimination des distorsions des échanges préjudiciables à l'environnement. Dans ce contexte, le CCE s'est saisi de la question des subventions à la pêche, ce qui a abouti, après plusieurs années, au lancement, dans le cadre du PDD, de négociations visant à “clarifier et à améliorer” les règles de l'OMC relatives à ces subventions. Ce mandat de négociation a été demandé à la fois pour faire face au niveau élevé des subventions au secteur (qui représentent jusqu'à 20 pour cent de ses recettes totales, d'après les estimations) et à l'épuisement de nombreux stocks mondiaux de poissons (d'après la FAO, 75 pour cent des stocks sont totalement exploités — voire surexploités).

Les demandeurs font valoir que, en réduisant le coût de la pêche, le subventionnement a contribué à une surcapacité structurelle dans le secteur, ainsi qu'à la surpêche, de sorte qu'il y a un trop grand nombre de bateaux de pêche pour les quantités de poissons disponibles. D'autres participants à la négociation répliquent que c'est l'adéquation du système de gestion de la pêche existant qui fait que les subventions contribuent ou non à la surcapacité et à la surpêche. À Hong Kong, les Ministres ont noté que les participants étaient généralement d'accord pour renforcer les disciplines, notamment par l'interdiction de certaines subventions contribuant à la surcapacité et à la surpêche, et ils ont invité ceux-ci à intensifier leurs travaux dans ce domaine, en tenant compte de l'importance du secteur de la pêche pour les Membres en développement. Les propositions examinées vont, entre autres, d'une large interdiction de la plupart des subventions au secteur de la pêche (y compris certaines activités en aval), sous réserve d'exceptions spécifiées, à la prohibition de certaines subventions répertoriées, qui ne satisfont pas aux conditions spécifiées en matière de gestion et de capacité. Dans les limites des différents cadres généraux proposés, les participants examinent diverses propositions portant sur l'octroi d'un traitement spécial et différencié aux pays en développement Membres. En étudiant les propositions, ils discutent de diverses questions techniques concernant les moyens de faire respecter les disciplines proposées, y compris la transparence, la surveillance et le règlement des différends, et ils examinent dans quelle mesure les règles de l'OMC relatives aux subventions à la pêche devraient intégrer des éléments se rapportant aussi bien à l'environnement qu'au commerce.
Source : OMC
Voir les propositions de l'OMC en matière de subventions dans le secteur des pêches : ANNEXE C – SUBVENTIONS À LA PÊCHE

vendredi 17 octobre 2008

Les pêcheurs artisans d’Amérique Latine réclament leurs Droits

Lors de la conférence de la FAO à Bangkok d'octobre 2008, les pêcheurs artisans d’Amérique Latine ont fait une déclaration pour réclamer plus de droits humains, sociaux et économiques et pour assurer les conditions requises d’une pêche durable et la garantie des droits d’accès à la ressource. Ils revendiquent aussi pour assurer des bénéfices post captures aux pêcheurs artisans et à leurs communautés. (Déclaration de l’atelier de Punta de Tralca Chili, 4-8 Août 2008)

Les participants aimeraient insister auprès de la FAO sur le fait que les pêcheurs artisans, hommes et femmes, les peuples indigènes, et les communautés de pêcheurs traditionnels sont des gens qui ont leur propre territoire, leur propre culture et leurs propres activités économiques basées sur des activités liées à la pêche constituant la base de leur identité, ainsi que de leurs moyens d’existence; ils ont des droits d’accès à la ressource, et ils ont la garantie de jouir des bénéfices après récolte, de contribuer à nourrir les régions voisines, et d’alimenter les marchés extérieurs.
Nous considérons qu’une exploitation durable de la ressource halieutique est mieux assurée par les pratiques de la pêche artisanale. La culture de la pêche artisanale devrait donc être renforcée, grâce à un soutien au développement de la pêche basée sur des pratiques responsables et éthiques, et une gestion durable de la ressource. La définition de ce qu’on entend par pêcheurs artisans, pêche artisanale, et communautés de pêcheurs artisans devrait correspondre aux réalités de chaque pays, étant donné que la pêche artisanale est une expression socioculturelle et pas simplement une forme d’emploi.
Nous soutenons l’idée que les ressources aquatiques sont propriété commune, et nous nous opposons à la privatisation des droits à la ressource dans un environnement aquatique. Les droits des pêcheurs artisans, des peuples indigènes, des femmes, et des communautés locales qui dépendent des ressources des eaux littorales et continentales, ainsi que la durabilité de la ressource devraient être sécurisés et sauvegardés.
Allouer des droits d’accès et d’utilisation de l’environnement aquatique à d’autres ne devrait pas mettre ces droits en danger. Les droits de pêche devraient être compris comme des droits collectifs et ne devraient en aucune façon mettre en danger les droits des pêcheurs artisans, ou générer des divisions au sein de leur communauté. Par-dessus tout, on devrait pouvoir garantir au secteur de la pêche artisanale Latino-Américaine le droit de se développer et de décider de son propre avenir.
L’application d’outils de gestion des pêches basés sur les droits ne devrait pas mettre en danger les droits d’accès et l’utilisation des ressources halieutiques des communautés de pêcheurs artisans, ou encourager la surexploitation, comme cela a été le cas dans l’application des quotas individuels transférables (QIT).
Nous rejetons les QIT, qui ont des impacts environnementaux, sociaux et économiques importants. Ils mettent les communautés de pêcheurs artisans et leurs moyens d’existence en péril, et représentent un système d’allocation de droits à la ressource totalement inéquitable.
Les participants appellent à une vision de développement économique en Amérique Latine basée sur une série d’objectifs et de valeurs beaucoup plus larges. Le modèle que les pays qui contrôlent l’économie mondiale essaient d’imposer doit être combattu, étant donné les implications conséquentes qu’il peut avoir sur les activités liées à la pêche, et sur les droits d’accès des communautés de pêcheurs et des peuples indigènes ainsi que des peuples d’origine africaine. Ces pays devraient être informés et devraient respecter les systèmes d‘utilisation de la
ressource halieutique mis en oeuvre par les pêcheurs artisans dans le monde.
La mondialisation qui est essentiellement basée sur le commerce menace la survie des communautés en imposant un tel modèle de développement économique. La gestion des pêches doit répondre aux effets négatifs d’une demande excessive générée par la mondialisation par rapport aux capacités naturelles. Les mareyeurs, les transformateurs, les consommateurs devraient être informés et se plier aux conditions exigées par une gestion et une utilisation responsables de la ressource.
Source : Droits du jour du 15 octobre 2008 (Newsletter de la Société civile à la conférence de la FAO à Bangkok sur la pêche à petite échelle)

Méditerranée : les prud'homies ont fait leur preuve

Pour une gestion opérante des pêches aux petits métiers et des territoires en Méditerranée : une gestion prud’homale collective qui préserve la polyvalence des pêcheurs, est la seule adaptation possible aux conditions environnementales locales

Les prud’homes ont expérimenté et testé de longue date une gestion locale des pêches sensiblement différente de ce qui se fait plus généralement sur d’autres façades, telle l’Atlantique où des stocks plus abondants permettent de spécialiser les pêcheurs dans plusieurs métiers, par des licences individuelles. C’est en facilitant et favorisant la polyvalence des pêcheurs exerçant différents petits métiers relativement sélectifs que l’organisation prud’homale parvient à gérer l’activité de la communauté, tout en préservant les conditions de renouvellement des ressources et des territoires. Chacun, compte tenu de son savoir-faire et de son équipement, s’oriente jour après jour vers les espèces les plus abondantes et les plus accessibles, selon les saisons et vers les produits les plus prisés, ou les plus rares, sur le marché local. Les nombres, dimensions, temps, périodes et zones de calage des engins sont réglementés, parfois même les ordres de calage (postes de pêche), afin « d’éviter qu’un métier n’en chasse un autre » et que « tout le monde puisse vivre de son métier » sur des territoires parfois très exigus (absence de plateau continental).
Par ces droits d’usage, la Prud’homie privilégie l’acquisition de savoir-faire et de matériel pour des métiers différents plutôt que la spécialisation pour la pratique intensive d’un, deux ou trois métiers. Par cette pratique alternative, il est possible de « laisser reposer une espèce ou une zone » et de préserver certaines frayères.

La coexistence inopérante de deux structures de représentation professionnelle
Ce système des prud’homies de pêche, expérimenté au cours des siècles pour gérer la pêche et les territoires au plus près des communautés de pêcheurs est resté en vigueur. Mais ce sont les comités des pêches qui sont chargés de la mise en place d’une gestion régionale et nationale, en lien avec la politique commune des pêches. La coexistence actuelle de ces deux structures de représentation professionnelle, sans qu’aucun lien institutionnel ne soit prévu entre les deux, est inopérante la plupart du temps, et génère des pertes de temps et d’énergie alors que le contexte actuel nécessiterait une grande synergie de la profession.

Un exemple significatif
Un exemple récent illustre bien cette dichotomie entre, d’une part, la mise en place d’une réglementation régionale, sur la base de licences individuelles et de mesures techniques généralisées, et la gestion prud’homale définie en fonction des circonstances locales. Le comité régional des pêches du Languedoc-Roussillon fait, à la demande de l’UE, un plan de gestion pour la pêche à l’anguille, avec un système de licences individuelles payantes et des mesures techniques uniformes pour le Golfe du Lion. Le règlement proposé (arrêt de la pêche trois mois dont un en hiver…) peut convenir à une prud’homie mais pas aux autres.

La Prud’homie de Gruissan doit adapter la pêche à des conditions environnementales particulières : des étangs étendus et très peu profonds, des vents et des courants violents et fréquents, un fond sableux peu propice à l’ancrage des engins de pêche. Elle arrête la pêche à l’anguille six mois par an, en période chaude, pour préserver cette espèce fragilisée par la chaleur, et par respect du marché (forts risques de maladie des anguilles en été). La pêche est focalisée sur le mois de novembre, seule période de dévalaison des anguilles matures alors que celle-ci peut se prolonger sur les mois d’hiver dans les étangs plus profonds. Les pêcheurs exercent d’autres métiers, en étang et en mer. Compte tenu des conditions météorologiques (c’est la zone la plus ventée du Golfe du Lion), il leur est plus aisé de travailler en mer en période estivale, qu’au mois de février. Enfin, la Prud’homie, pour ajuster le travail des hommes à cet environnement particulier organise des barrages communautaires qui permettent de concentrer et retenir les poissons sur des zones plus restreintes. Ces barrages constitués par l’alignement de filets seraient efficaces à 50% environ, les poissons profitant de la moindre brèche. Dès que le vent souffle, le courant et la nature des fonds ne permettent pas la pêche aux abords de ces rétrécissements naturels (comme cela se fait ailleurs). Cette gestion suppose le tirage au sort des postes de pêche par les pêcheurs, le contrôle de la mise en place et du maintien des barrages (des commissaires sont nommés à cette fin), le contrôle des engins, la résolution des conflits éventuels, l’affinement de la réglementation si nécessaire… au final toute une organisation assurée bénévolement par les prud’hommes et prise sur leur temps de travail. Le règlement proposé par le comité régional des pêches, examiné du point de vue de Gruissan, est dommageable :
- pour la ressource et l’environnement (pêche des anguilles en période chaude),
- pour le produit (risque de maladie),
- pour les hommes (risques de travail en mer en hiver, manque à gagner dans l’étang à cette période…)
- pour l’organisation (déplacement d’une gestion collective locale à une gestion des individus par un organisme régional externe à la communauté des pêcheurs, déni du travail prud’homal local effectué bénévolement par les prud’hommes au profit d’un organisme externe, perte progressive du sens collectif, du respect du travail des autres pêcheurs, des moyens de contrôle de la Prud’homie…).
La prise en compte des modes de gestion prud’homaux dépend du bon vouloir des délégués aux comités des pêches, de leur connaissance précise des fonctionnements prud’homaux et de leur engagement à comprendre et défendre ce mode de gestion collective au plus près des spécificités locales… (Collectif Pêche et Développement)

Source : Droits du jour du 16 octobre 2008 (Newsletter de la Société civile à la conférence de la FAO à Bangkok sur la pêche à petite échelle)

Méditerranée : Reconsidérer les petits métiers de la pêche

Intervention d'Elisabeth Tempier (Pêche et développement – antenne Méditerranée) à la conférence de la FAO sur la pêche à petite échelle de Bangkok (octobre 2008)

Nos outils de gestion sont les reflets de notre vision du monde et des échanges

Dérèglement climatique, crise alimentaire, crise financière, conflits sociaux sont les signes de faillite d’un système qui fondent les échanges sur la base de produits compétitifs sans considération des hommes et des territoires qui les produisent.

Construire des échanges à partir de la compétitivité de communautés ou de régions permet de préserver nos relations humaines, nos rapports à l’environnement, nos cultures. Plutôt qu’une vision Nord-Sud, simpliste et déstructurante, qui favorise l’échange de produits transformés contre des matières premières, et dans laquelle toute pêche artisanale est vouée à disparaître dans les pays du Nord, il nous faut construire des échanges basés sur la compétitivité d’espaces régionaux spécialisés et réinterroger la place de toute activité, dont la pêche, au sein de ces régions : activité de subsistance, secteur d’emploi, activité génératrice de valeurs appréciées par le chiffre d’affaire, les salaires dégagés ou les bénéfices collectifs.

Ainsi par exemple la petite pêche de Méditerranée française a longtemps permis à des communautés de pêcheurs de vivre de leur activité sur le littoral. Notons au passage que les règles collectives des prud’homies de pêcheurs ont permis d’intégrer différentes vagues d’immigration tout en préservant les territoires. Aujourd’hui, ce secteur devrait être considéré du point de vue de sa contribution à une spécialisation multisectorielle littorale, celle-ci prenant sa place au sein d’un marché européen en construction. Dans ce cas précis, la petite pêche n’est plus appréciée par son chiffre d’affaire global, la valeur des emplois, mais par le fait qu’elle participe activement à la spécialisation touristique et résidentielle :
  • apports de qualité et d’extrême fraîcheur,
  • image et richesse d’un ancrage culturel,
  • rôle de veille sur l’eau,
  • préservation de l’environnement…
Sur ce dernier point, les bénéfices collectifs des actions menées par une poignée d’hommes sont considérables : création d’aires marines protégées par les communautés de pêcheurs, implantation de récifs artificiels, alerte et actions juridiques pour la préservation de zones littorales, repeuplement, sensibilisation et participation aux schémas d’aménagement par les communautés de pêcheurs.

Encore faut-il que les outils de gestion des pêches conçus aux niveaux européen et national puissent s’adapter à des gestions locales qui favorisent la diversité des métiers et l’utilisation alternative des engins par des pêcheurs polyvalents, cette diversité étant le moyen essentiel de préserver la biodiversité et de s’adapter aux écosystèmes littoraux spécifiques.

Actuellement, les droits de pêche entiers et individuels (licences, quotas…), la gestion par métier ou par stock avec des interdictions strictes d’engins (petits arts traînants, filets dérivants…) conviennent à des pêches industrielles ou intensives, spécialisées dans un ou deux métiers. Il nous faut considérer des droits d’usage gérés par les communautés de pêcheurs : limites techniques et réglementation des engins dans le temps et dans l’espace, répartition des postes de pêche par la collectivité. Plus largement, les modes de recherche, de consultation, d’accès à l’information et aux financements ne sont pas adaptés à la pêche artisanale. Source : Droits du jour du 17 octobre 2008 (Newsletter de la Société civile à la conférence de la FAO à Bangkok sur la pêche à petite échelle)

  • Le 23 septembre 2010

Le Ministre confirme les Prud’homies et fait de la pêche artisanale une priorité... (L’Encre de Mer)

"Les prud’homies continueront à exercer l’ensemble de leurs compétences dans le cadre de leurs textes fondateurs qui ne sont pas modifiées par la loi du 27 juillet 2010... La défense des activités artisanales dans la proche bande côtière est une priorité pour la France..."

Suite aux questions posées par l’Union intersyndicale des pêcheurs méditerranéens (UIPMPM) par l’intermédiaire de leur député M. Vialatte, le Ministre répond sur la gestion prud’homale : « La petite pêche côtière, dont l’impact sur l’aménagement du territoire méditerranéen est primordial, fait l’objet d’une attention croissante de la part de l’Union Européenne dans le cadre des débats actuels sur la réforme de la politique commune de la pêche. La loi du 27 juillet 2010 de modernisation de l’agriculture et de la pêche a posé les bases d’une réforme profonde de la gouvernance des pêches maritimes françaises. Resserrées et avec des compétences clairement identifiées, la nouvelle organisation professionnelle des pêches répondra plus efficacement aux atteintes des entreprises et des marins-pêcheurs. La gestion de la pêche côtière par des prud’homies constitue une originalité de la façade méditerranéenne. Cette gestion qui a fait la preuve depuis de nombreux siècles de sa pertinence au regard des spécificités de la mer Méditerranée n’est aucunement remise en cause par la loi du 27 juillet 2010. Une étude préalable aux débats préparatoires à la loi conduite par un magistrat administratif a confirmé ce bien-fondé. Les prud’homies continueront donc à exercer l’ensemble de leurs compétences dans le cadre de leurs textes fondateurs qui ne sont pas modifiés par la loi du 27 juillet 2010." Sur l’inquiétude des pêcheurs de voir l’avenir de la pêche menacé de disparition au profit de la pêche industrielle, et de constater des disparités d’application des quotas de pêche selon les zones de pêche du bassin méditerranéen, le Ministre fait la réponse suivante :

"L’attention du Gouvernement est appelée sur l’avenir de la petite pêche côtière artisanale en Méditerranée. La petite pêche côtière, activité structurante sur le littoral méditerranéen, fait l’objet d’une attention croisade de la part de l’Union européenne dans le cadre des débats actuels sur la réforme de la politique commune des pêches. La défense des activités artisanales dans la proche bande côtière est une priorité pour la France. Concernant la gestion…

jeudi 16 octobre 2008

Brésil : des pêcheurs affectés par Aracruz Celulose ferment un port privé de l’entreprise

Une usine de pâte à papier perturbe profondément la microrégion où elle s’installe et provoque une série de problèmes qui touchent surtout les populations traditionnelles. Aracruz Celulose S.A. (ARCEL) a bâti l’usine de pâte de Barra do Riacho, dans l’État d’Espírito Santo, à l’endroit où se trouvait autrefois le village indigène de Macacos. La construction a attiré de nombreux travailleurs venus d’autres régions et États, ce qui a entraîné beaucoup de problèmes pour Barra do Riacho, un quartier de pêcheurs situé à un kilomètre de l’usine, dont la population est passée du jour au lendemain de 900 à 10 000 habitants. Aujourd’hui encore, Barra do Riacho en subit les conséquences : taux de chômage élevé, prostitution de mineurs, trafic de drogue. À cela s’ajoute le fait que, pour disposer du volume exorbitant d’eau dont l’usine a besoin pour fonctionner – l’équivalent de la consommation d’une ville de plus de deux millions d’habitants – ARCEL a fermé l’embouchure du Riacho et a détourné ce fleuve, ainsi que quatre autres de la région, provoquant leur envasement. Cela a porté un fort préjudice aux pêcheurs de Barra do Riacho et de Barra do Sahy ; à plusieurs reprises ils ont réclamé à ARCEL des réponses à leurs revendications légitimes, que l’entreprise persiste à ignorer. Finalement, le 10 octobre 2008 une centaine de pêcheurs de l’Association des pêcheurs de Barra do Riacho et Barra do Sahy ont fermé pendant toute la journée la route d’accès à Portocel, le port privé d’ARCEL, empêchant ainsi l’entrée de la pâte qu’il fallait embarquer pour l’exporter. Les pêcheurs ont présenté à l’entreprise et à la préfecture d’Aracruz une longue liste de revendications, dont la plus importante est « l’ouverture immédiate des quatre écluses installées [par ARCEL] sur le fleuve [Riacho] pour augmenter le volume d’eau, car elles ont fait diminuer le débit, provoquant l’envasement du fleuve et l’ensablement de son embouchure ». La fermeture de l’embouchure du fleuve laisse les familles de pêcheurs dans une situation désespérée, car elle empêche la sortie (et le retour) de leurs bateaux, rendant ainsi de plus en plus précaire la subsistance de ces personnes qui dépendent absolument de la pêche. En revanche, les bateaux chargés de pâte n’ont pas cessé de sortir du port de Portocel pour qu’on puisse fabriquer des papiers jetables en Europe, aux États-Unis et en Asie. Les pêcheurs ont réclamé la présence du préfet de la ville, Ademar Devens ; après avoir constaté la situation sur place, le préfet a décidé de présenter les plaintes des pêcheurs à l’entreprise. Celle-ci a informé les pêcheurs qu’elle était prête à ouvrir les quatre écluses sur le Riacho dès que la marée aurait baissé, car cela faciliterait l’ouverture de l’embouchure du fleuve. La promesse d’ouvrir les écluses a poussé les pêcheurs à se retirer ; il y aura prochainement une réunion avec la préfecture et l’entreprise, où la situation sera évaluée et où l’on discutera d’autres revendications. En fonction des résultats, ils décideront s’ils prennent ou non d’autres initiatives. Ils en ont assez de promesses et de mesures qui n’apportent aucune solution. Il est ironique que l’entreprise ait demandé aux pêcheurs de « comprendre » ses difficultés : l’usine manque d’eau à cause de la sécheresse prolongée dans la région (un problème aggravé par les plantations d’eucalyptus de la propre entreprise), la « situation financière » est « difficile » à cause de la hausse du dollar (tout le monde sait qu’ARCEL a fait des spéculations financières qui lui ont fait perdre des millions). Mais qui fait preuve de compréhension à l’égard des pêcheurs et de la situation angoissante où ils se trouvent parce qu’ils ne peuvent pas pêcher pour subvenir à leurs besoins élémentaires ?
Article fondé sur des informations tirées de : “Pescadores fecham porto de exportação da Aracruz Celulose”, Winnie Overbeek, Rede Alerta contra o Deserto Verde, envoyé par l’auteur, adresse électronique : woverbeek@terra.com.br ; “Promesas de empleo y destrucción del trabajo. El caso Aracruz Celulose en Brasil”, Alacir De’Nadai, Winfridus Overbeek, Luiz Alberto Soares, 2005, http://www.wrm.org.uy/paises/Brasil/faseESP.pdf.
Source : Mouvement mondial pour les forêts tropicales

mercredi 15 octobre 2008

Colombie : lutte des pêcheurs artisanaux contre les agro-carburants

Les projets touristiques et hydro-électriques, ainsi que les plantations de palmier à huile pour la fabrication d'agrocarburant, provoquent le déplacement des communautés littorales, et tout particulièrement des communautés afro-américaines.
En Colombie, près de 180000 pêcheurs artisanaux résistent aux politiques néolibérales qui ont conduit à une perte de la biodiversité, et à une violation constante des droits de l'homme. Le président de l'Association Nationale de Pêcheurs Artisanaux de Colombie, Manuel Bedoya explique comment la corruption politique au niveau gouvernemental favorise les transnationales, et comment la résistance aux mégaprojets - en particulier la résistance des communautés afro-colombiennes conduisent à des persécutions, des déplacements et des milliers de morts.
Source : Radio Mundo

Voir document en anglais : International Declaration against the Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO) In defence of Human Rights, Food Sovereignty, Biodiversity and Climate Justice

Ostréiculture - Comment sauver le bassin d'Arcachon ?

Après quatre années calamiteuses, les ostréiculteurs du bassin d'Arcachon sont à genoux. Et l'abandon partiel du test de la souris ne suffira pas à sauver la filière.

La Commission européenne a accepté, fin septembre, de mettre un terme à l'hégémonie du test dit de la souris au profit d'un protocole chimique. Le test consistait à injecter des extraits d'huître à trois souris. Si deux des trois rongeurs mouraient dans les vingt-quatre heures, il était considéré comme positif, révélant la présence d'une toxine. Désormais, le test ne prévaudra que dans les cinq heures suivant l'injection. Au-delà, en cas de mort des souris, un protocole chimique sera appliqué pour savoir s'il y a risque à la consommation.

Toxine non identifiée

« C'est un soulagement, commente Olivier Laban, président de la section régionale conchylicole du bassin d'Arcachon. Il faut que tout soit prêt pour mars 2009, période à laquelle reprendront les tests. » Le nouveau protocole doit être mis en place sur le bassin d'Arcachon à titre expérimental. En retour, Bruxelles exige le gel des exportations. « Une contrepartie acceptable », estime Olivier Laban. Réclamée depuis longtemps par les professionnels, cette décision arrive tard. Depuis 2005, la production du bassin vit en effet au rythme d'interdictions de commercialisation qui frappent au plus fort de la saison touristique. Sans que l'on sache pourquoi. La mortalité des souris révèle une toxicité que les scientifiques ne parviennent pas à identifier. Pas d'intoxication chez les consommateurs, mais, cet été encore, la vente d'huîtres a été interdite du 24 juillet au 14 août et celle des moules, du 28 avril au 5 septembre ! Cette quatrième année calamiteuse a mis la filière à genoux. A l'instar de Jean-Michel Labrousse, les pêcheurs de moules du bassin (une quinzaine d'autorisations) ont perdu environ 30 % de leur chiffre d'affaires et ne doivent leur survie qu'à la diversification de leurs activités. « En 2004, je vendais 140 tonnes par an cette année, rien. » Chez les ostréiculteurs, la situation s'avère plus dramatique encore. Ainsi, à 54 ans, Marc Druart, qui travaillait avec la grande distribution depuis trente ans, a dû liquider son entreprise. Membre du Conseil national de la conchyliculture, président de la section régionale arcachonnaise pendant douze ans, il a vu sa production annuelle passer de 350 à 120 tonnes. « Les interdictions ont torpillé nos recettes et terni notre image. » Si Marc Druart a tourné la page, il ne peut s'empêcher de penser aux plus jeunes. « L'ostréiculture du bassin est au bord du gouffre. Et le fonds de calamités agricoles (dont l'indemnisation est plafonnée à 20 % du chiffre d'affaires) ne suffira pas. Il faut un plan Marshall pour sauver la profession ! » L'abandon du test de la souris n'est qu'un préalable. Trois autres impératifs conditionnent la survie de l'ostréiculture arcachonnaise. D'abord, il faut lever le doute : les souris meurent de quelque chose et les ostréiculteurs ont intérêt à savoir de quoi. C'est dans ce but que la section régionale conchylicole a déposé, le 20 août, une plainte pour pollution auprès du procureur de Bordeaux.

Soutien financier

Second impératif, réensemencer le bassin avec du naissain (larves de différents mollusques) de qualité. En 2007, les ostréiculteurs ont été confrontés à une très faible quantité de naissain. Le phénomène a frappé tous les sites ostréicoles français mais se révèle très sensible sur le bassin d'Arcachon, premier producteur de naissain de France. En outre, en 2008, ce sont les jeunes huîtres de 12 et 18 mois qui sont mortes en grand nombre. Les huîtres, commercialisées après trente-six mois d'élevage, risquent donc de manquer sur les étals en 2009 et 2010. Et la trésorerie de faire défaut. D'où le dernier impératif, qui n'est autre que le soutien financier de la profession. « Réduire le test de la souris était indispensable. Maintenant, il va falloir se battre pour survivre », résume Olivier Laban

L'ostréiculture archonnaise en chiffres
Le bassin d'Arcachon compte 350 entreprises ostréicoles réparties dans 10 ports. L'activité génère un millier d'emplois directs. Entre 8000 et 10000 tonnes d'huîtres sont commercialisées par an. La surface exploitée dépasse 800 hectares de parcs en mer. 50 % du naissain utilisé par l'ostréiculture française provient du bassin d'Arcachon. Environ 1000 tonnes de moules sont pêchées par une quinzaine d'entreprises

Source : Le Point (02/10/2008)

Les coréens dévorent les produits de la mer

Les chaînes de restaurants de type familial spécialisés dans les produits de la mer constituent désormais un des axes principaux de développement de l'industrie de la restauration : les plus renommées étant Bono-Bono de Shinsegae Food et Seafood Ocean de CJ Food System. La taille du marché serait passée de 18 à 150 milliards de KRW entre 2005 et 2007. L'implication des grands groupes coréens accentue cette nouvelle tendance du marché qui s'explique par l'engouement pour le bien-être, les problèmes liés à l'obésité et les crises dans l'élevage (ESB, GA). En effet, la consommation annuelle par tête a atteint 48,1 kg en 2005 (+14% depuis 2001) et ce au détriment de la consommation de viande (32,1kg). Dans ce contexte, l'offre coréenne n'arrive pas à satisfaire la demande locale et la dépendance à l'importation a triplé en une décennie pour atteindre 34,1 % en 2006. Parmi les produits de prédilection, on trouve les crevettes, le saumon, le thon et les oeufs de poisson et ces derniers dépendent donc le plus des fournisseurs étrangers.
Source : UBIFRANCE

mardi 14 octobre 2008

Le boom de l’aquaculture toucherait-il à sa fin ?

Selon la FAO, quel est l'avenir pour l’élevage de poissons ?

Le secteur aquacole est arrivé à un tournant important, devant affronter de nouveaux enjeux liés à la capacité du secteur de satisfaire la demande mondiale future de poisson. Dans le même temps, les petits exploitants des pays en développement rencontrent maintes difficultés pour exporter leur production et ont besoin d’une aide pour devenir compétitifs et avoir accès aux marchés mondiaux, selon la FAO.

En 2006, le monde a consommé 110,4 millions de tonnes de poisson, dont 51,7 millions de tonnes issues de l’aquaculture. La production des pêches traditionnelles de capture a atteint un plafond, de sorte que pour répondre à la demande projetée de poisson en 2030, l’aquaculture devrait produire 28,8 millions de tonnes en plus par an (soit au total 80,5 millions de tonnes), uniquement pour maintenir la consommation de poisson par habitant aux niveaux actuels. Cependant, dans un document présenté cette semaine à Puerto Varas, Chili (6-10 octobre) au Sous-comité sur l’aquaculture du Comité des pêches (COFI), la FAO met en garde qu’une série de nouveaux enjeux doivent être affrontés pour que l’aquaculture soit à la hauteur de son potentiel. “La question est de savoir si le secteur de l’aquaculture peut croître assez rapidement pour soutenir la demande projetée de poisson tout en assurant la protection des consommateurs, l’intégrité de l’environnement, et la responsabilité sociale”, indique le rapport. On assiste déjà à certains signes d’essoufflement du secteur consécutif à sa croissance rapide au cours des trente dernières années. Il a enregistré un taux de croissance annuel de 11,8 pour cent de 1985 à 1995, avant de ralentir à 7,1 pour cent la décennie suivante, et à 6,1 pour cent pour la période 2004-2006.

Un goulet d’étranglement

La majeure partie du poisson d’élevage consommé dans le monde en développement, comme les carpes et le tilapia, sont herbivores ou omnivores. Mais les espèces comme le saumon ou les crevettes – souvent élevées dans les pays en développement et exportées vers les marchés des pays riches, créant des emplois et des revenus pour des millions de personnes – se nourrissent d’autres poissons, sous la forme de farine ou d’huile. En 2006, l’aquaculture a consommé 3,06 millions de tonnes (soit 56% de la production mondiale) de farine de poisson et 780 000 tonnes (87% de la production mondiale) d’huile de poisson. Plus de la moitié de l’huile de poisson utilisée par le secteur est destinée aux élevages de saumon. La production de farine et d’huile de poisson est restée au même niveau au cours de la dernière décennie, et la FAO ne prévoit aucune augmentation significative. Dans le même temps, le volume de farine de poisson et d’huile de poisson employé dans les aliments destinés à l’aquaculture a triplé entre 1996 et 2006, car le secteur avicole a fortement réduit son utilisation de farine de poisson pour l’alimentation de la volaille. “Il est probable que les secteurs de l’élevage et de la volaille diminueront de plus en plus la part de farine de poisson dans l’alimentation animale, ce qui est une bonne chose pour l’avenir de l’aquaculture à base d’aliments,” fait remarquer Rohana Subasinghe, expert de la FAO en pisciculture et Secrétaire du sous-comité du COFI. “Toutefois, de plus en plus d’aliments servent à nourrir les poissons omnivores non filtreurs comme les carpes, d’où le besoin croissant de farine de poisson. Aussi devons-nous améliorer les rendements dans l’utilisation des aliments et faire de grands pas en avant dans la recherche d’autres suppléments protéiques”, précise l'expert.

Petits éleveurs à risque

Les petits pisciculteurs sont favorisés par le commerce international du poisson qui s’élève à 79 milliards de dollars par an, même s’ils sont confrontés à toute une série de problèmes. Et la FAO constate que, pour certains produits et dans certains pays producteurs, le nombre total de fermes aquicoles décroît, tandis que la taille des exploitations individuelles augmente, ce qui indique une plus forte concentration de fermes aquicoles aux mains d’un nombre plus réduit d’éleveurs. “Il faut affronter cette tendance, par exemple en créant des réseaux de producteurs innovants de sorte que les petits éleveurs puissent se regrouper, améliorer leurs opérations, avoir accès aux marchés, et demeurer compétitifs par rapport aux plus grands producteurs,” souligne Subasinghe. Parmi les autres enjeux énoncés dans le document de la FAO figurent les impacts de la pisciculture sur l’environnement, la sécurité sanitaire des aliments et l’utilisation d’antibiotiques ainsi que les effets potentiels du changement climatique sur l’aquaculture.

Directives de certification en perspective

Une façon d’aider l’aquaculture à limiter ses impacts sur l’environnement et à veiller à ce qu’elle favorise le plus possible les petits pisciculteurs est de certifier les produits. Cela permet aux acheteurs et aux consommateurs de choisir librement les produits obtenus dans une optique durable, saine et socialement responsable. La pratique est de plus en plus répandue à la fois pour les pêches de capture et pour l’aquaculture, mais elle n’est pas dénuée de problèmes. Vu la prolifération de ce type de programmes, les producteurs ont du mal à satisfaire les diverses normes appliquées par les différentes sociétés, pays ou organismes de certification, qui peuvent présenter des écarts importants. Une surabondance de dispositifs accroît également la probabilité de labels de certification édulcorés peu fiables aux côtés de labels crédibles. Pour remédier à ces problèmes, la FAO a collaboré avec le Réseau des Centres d’aquaculture dans la région Asie-Pacifique (NACA) en organisant des consultations avec divers organismes de certification, groupes de producteurs, transformateurs et associations de consommateurs, dans le but de rédiger des directives mondiales sur la mise au point et l’application de plans de certification de l’aquaculture. Un projet de directives a été finalisé et sera soumis au sous-comité du COFI cette semaine pour examen et décision. Les directives ne serviront pas de normes de certification en soi mais fourniront plutôt une référence commune pour garantir que quiconque certifie des poissons et crustacés d’élevage – qu’il s’agisse d’un gouvernement, d’une ONG ou d’une entreprise privée – se base sur les mêmes normes. La FAO a déjà élaboré des directives analogues pour la certification des produits halieutiques issus des pêches de capture marines et continentales.
Source : FAO - 6 octobre 2008, Puerto Varas, Chili/Rome

lundi 13 octobre 2008

Les QIT pour lutter contre la surpêche ?

Nombre des pêcheries par zone de capture dans le monde
soumises au Quota Individuel Transférable (QIT)

Source : Christopher Costello and Steve Gaines, University of California at Santa Barbara; John Lynham, University of Hawaii By Patterson Clark - The Washington Post - September 22, 2008

Depuis quelques mois, les études qui défendent les systèmes des droits individuels de pêche pour lutter contre l'effondrement des stocks de poisson, se multiplient, et notamment celles qui vantent le mérite des QIT (Quota Individuel Transférable). Voir le rapport de la Banque Mondiale/FAO : "The Sunken Billions - The Economic Justification for Fisheries Reform".

Les thèses sont ensuite reprises par les dirigeants politiques : "Le gouvernement (français) souhaite la mise en place, dès 2009, d'une expérimentation de quotas individuels administrés (QIA). La commission "flotte et quotas" du Comité national des pêches a pris acte de la volonté du ministre et rappelé que "les modalités de cette expérimentation devaient être collectivement définies". Elle a aussi "déploré la méthodologie employée par l'administration pour lancer un débat". "Une majorité de membres du conseil émettent des réserves sur les QIA. Le gouvernement nous a mis devant le fait accompli. On avait donc le choix entre deux options. Soit refuser en bloc l'expérimentation et prendre le risque de voir ce système mis en place sans nous par l'administration. Soit prendre acte de ce choix politique et participer à la mise en oeuvre de ces tests". (Le Marin du 26-09-08)

Sous couvert d'épuisement des stocks, n'assistons-nous pas à une volonté de privatiser les ressources halieutiques ?

vendredi 10 octobre 2008

Pêche illégale et piraterie dans les eaux somaliennes

D'un côté, l'Otan envoie une flotte de guerre pour lutter contre la piraterie au large des côtes somaliennes. De l'autre, l'Erythrée vient au secours de la Somalie en dénonçant le "pillage" des ressources halieutiques somaliennes.
Les pays du Nord protègent leurs navires...
Sur demande de l'ONU et du Programme alimentaire mondial (PAM), "l'Otan a accepté d'intervenir" et "enverra d'ici à deux semaines les sept navires de sa force navale permanente" dans l'océan Indien, a déclaré James Appathurai, présentant le résultat des premières discussions entre les ministres de la Défense des 26 pays de l'Otan lors de la réunion de Budapest. "La piraterie constitue une menace pour la population somalienne, dont 40% dépend de l'aide alimentaire que lui apporte le PAM", a souligné le porte-parole de l'Otan. La mission de la flottille de l'Otan sera double, "escorter les convois du PAM et patrouiller dans les eaux" au large de la Corne de l'Afrique.
Source : AFP
Pour mieux piller les ressources halieutiques somaliennes ?
Le gouvernement érythréen a accusé en septembre 2008 des compagnies de pêche internationales de "piller" les ressources halieutiques de la Somalie, qualifiant ces pratiques d'"actes de banditisme" comparables à de la piraterie maritime. "En violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Somalie, des compagnies étrangères sont engagées dans le pillage des ressources halieutiques et maritimes des eaux territoriales de la Somalie et du sud de la mer Rouge", affirme le ministère érythréen des Affaires étrangères dans un communiqué mis en ligne sur le site du ministère de l'Information. Sans fournir aucune précision sur la nationalité de ces sociétés, Asmara estime que cette pêche illégale relève du "banditisme" et affirme que certains bateaux pris en otages par les pirates somaliens se trouvaient illégalement dans les eaux somaliennes. Selon le Bureau maritime international (BMI), au moins 24 actes de piraterie ont eu lieu au large des côtes somaliennes au cours du premier semestre 2008. Les pirates somaliens multiplient actuellement les attaques contre les navires marchands, de pêche, ou de plaisance dans le golfe d'Aden pour capturer leurs équipages et obtenir des rançons. Des bateaux de pêche naviguant au large sont régulièrement leur cible. En avril, un thonier espagnol et son équipage avaient ainsi été pris en otages et libérés après paiement d'une rançon. Parallèlement, les autorités somaliennes dénoncent régulièrement l'intrusion de chalutiers étrangers dans les eaux somaliennes.Source : TAP
Poissons volés, avenirs compromis
Des millions de dollars US de revenus indispensables aux populations insulaires de l'Océan Pacifique et côtières de l'Afrique de l'Ouest sont empochés par des pêcheurs illégaux dans les ports d'Europe et d'Asie. L'ONU estime que la Somalie perd chaque année 300 millions de dollars US au profit des braconniers des mers et la Guinée 100 millions. Globalement, plus de 4 milliards de dollars US sont perdus chaque année.
Source : Greenpeace
Les pirates, des gardes-côtes !
L’une des raisons avancées par les pirates de Somalie pour leurs activités est qu’ils sont les gardes-côtes. Ils prétendent que des Européens pratiquent la pêche illégale et jettent des déchets toxiques à l’eau. Ils protègeraient donc légitimement les eaux de Somalie contre des activités illégales. Une chose est sûre : les eaux situées au large de la Somalie sont très poissonneuses. Les prises peuvent être de 50 à 150% plus importantes que dans d’autres zones. Et comme la Somalie n’a plus les moyens de contrôler les bateaux qui viennent pêcher dans ses eaux, que ce soit pour la taille ou les quantités pêchées, des pêcheurs peu scrupuleux viennent ravager les ressources. En juillet 2008, un envoyé spécial de l’ONU pour la Somalie a sonné l’alarme à propos de la pêche illégale et de déchets toxiques jetés au large des côtes de Somalie. "Parce qu’il n’y a aucun gouvernement, des pêcheurs européens et asiatiques pratiquent la pêche illégale," a déclaré Ahmedou Ould Abdallah à des journalistes. Il a ajouté qu’il avait demandé à plusieurs organisations non-gouvernementales internationales, comme Global Witness, qui travaille à briser les liens entre l’exploitation des ressources naturelles, les conflits armés, la corruption, et les atteintes aux droits de l’homme dans le monde entier, "de remonter les filières de pêche illégale et de déchets toxiques."
L’autre aspect de la question, c’est que la lutte contre la piraterie, malgré les déclarations des politiques occidentaux, ne constitue pas une priorité des marines occidentales. Dans la région, elles se concentrent principalement sur la lutte contre le terrorisme et ses sources de revenus (clandestins, drogues, armes, alcool…).
Source : Le portail des sous marins
Somali, 3300 km de côtes poissonneuses très convoitées
En cette période de "vache maigre", les côtes somaliennes représentent une aubaine pour les entreprises de pêche industrielles du monde entier. Selon la FAO, Il y avait environ 700 navires étrangers qui pêchaient illégalement dans les eaux somaliennes en 2005. Ces embarcations interviennent dans l'ensemble de la ZEE du pays, aussi bien au large, comme les thoniers-senneurs, qu'en zone côtière comme les chalutiers.
Pour plus d'informations : FAO - FISHERY COUNTRY PROFILE : THE SOMALI REPUBLIC

FAO et Banque Mondiale proposent les QIT pour sortir la pêche de la crise


50 milliards de dollars, les pertes annuelles de la pêche en mer

Révélations du rapport Banque mondiale-FAO : "Les milliards engloutis"

9 octobre 2008, Rome/Washington - Selon un nouveau rapport Banque mondiale-FAO, les pertes économiques dans le secteur des pêches maritimes, qui résultent de la mauvaise gestion, d’inefficacité, et de la surpêche se montent à plus de 50 milliards de dollars par an. Si l’on considère ces pertes sur les trois dernières décennies, le manque à gagner totaliserait plus de 2 000 milliards de dollars, ce qui équivaut plus ou moins au PIB de l’Italie. Intitulé "Les milliards engloutis : justification économique pour une réforme des pêches", le rapport note qu’une bonne gestion des pêcheries peut transformer une bonne partie de ce manque à gagner en bénéfices économiques durables pour des millions de pêcheurs et les communautés côtières. "La pêche durable requiert une volonté politique pour remplacer les primes à la surpêche par des incitations à plus de responsabilité de la part des parties prenantes", déclare Kieran Kelleher, leader de l’équipe pêche à la Banque mondiale. "Nous ne parlons pas seulement de bateaux et de poissons dans ce rapport. Nous offrons aux décideurs les arguments économiques nécessaires pour la réforme des pêches."

Droits de pêche et subventions

Le renforcement des droits de pêche peut inciter les pêcheurs, ainsi que leurs communautés, à être plus responsables et permettre une exploitation économiquement plus efficace. La suppression progressive des subventions, qui engendrent la surexploitation des pêcheries, permettra aussi d’améliorer l’efficacité du secteur. Une transparence accrue dans l’allocation des ressources halieutiques et une obligation accrue de rendre des comptes publics sur la gestion des pêcheries et l’état des stocks faciliteront l’obtention du label écologique pour les pêcheries durables. La majorité des pertes se fait sentir de deux façons, nous raconte "Les milliards engloutis". Premièrement, l’épuisement des stocks se traduit par une raréfaction de poissons à pêcher, et par conséquent les coûts associés à la recherche et à la capture de ces poissons augmentent. Deuxièmement, la surcapacité extrême des flottilles de pêches – souvent décrite comme ‘trop de pêcheurs pourchassant trop peu de poissons’ – signifie que les bénéfices économiques de la pêche sont dissipés par des investissements et des coûts d’opération superflus.

Une estimation prudente

Le rapport souligne que le chiffre de 50 milliards de dollars représente une estimation prudente – il n’inclut pas les pertes liées à la pêche sportive, au tourisme et à la pêche illégale. Bien avant l’augmentation des prix du pétrole en 2008, la santé économique globale des pêcheries maritimes était en baisse. L’accroissement des flottes, le déploiement de technologies de pêche de plus en plus efficaces, et l’augmentation de la pollution ainsi que la perte d’habitats ont contribué à l’épuisement des stocks de poissons de par le monde. Les prises mondiales en mer stagnent à environ 85 million de tonnes par an depuis plus d’une décennie. En attendant, le rendement des pêcheries – mesuré en termes de prise par pêcheur, ou par bateau – a baissé, alors même que les technologies de pêche étaient améliorées et que l’effort de pêche augmentait. "Il y a une importante surcapacité de la flotte mondiale", indique Kelleher. "Ces flottilles se font concurrence pour des ressources limitées, ce qui conduit à une stagnation de la productivité et à l’inefficacité économique. "Le rapport indique que si les stocks mondiaux de poissons étaient reconstitués, environ la moitié de l’effort de pêche actuel suffirait à atteindre les prises actuelles.

Sous-performance et coûts dissimulés

Selon la FAO, plus de 75 pour cent des stocks mondiaux de poissons sont soit pleinement exploités ou surexploités. Mais l’accent mis sur l’état des stocks a eu tendance à masquer l’état encore plus critique de la santé économique des pêcheries. "Les milliards engloutis" indique que lorsque les stocks de poissons sont pleinement exploités, les pêcheries qui en dépendent opèrent presque toujours en deçà de leur optimum économique. Certaines pêcheries peuvent même perdre de l’argent alors qu’elles sont considérées comme durables d’un point de vue biologique. Toujours selon le rapport, alors que beaucoup de pêcheries sont profitables, au niveau mondial une majorité des activités de pêche sont artificiellement maintenues à flot grâce aux subventions. "Mondialement, pour chaque tonne de poisson capturé il faut utiliser presque une demie tonne de gazole – une grande partie de ce gasoil étant gaspillée du fait d’un effort de pêche excessif." L'industrie des pêches n'est plus rentable "Actuellement, personne n’y gagne", déclare Rolf Willmaan, expert en planification des pêches à la FAO, et un des auteurs du rapport. "Les niveaux réels des revenus des pêcheurs sont en baisse, une grande partie de l’industrie des pêches n’est plus rentable, les stocks de poissons sont épuisés et d’autre secteurs de l’économie payent les factures de ce secteur en difficulté." "Il y a deux moyens de récupérer ces milliards engloutis", selon le rapport. Premièrement, une réduction de l’effort de pêche permettrait une augmentation de la productivité, de la rentabilité, et du bénéfice économique net. Deuxièmement, rebâtir les stocks de poissons mènera à une augmentation durable des rendements ainsi qu’à un abaissement de coûts de production.

Bénéfices pour les pays en développement

Avoir des pêcheries en bonne santé économique est fondamental, non seulement pour le rétablissement des stocks de poissons, mais aussi parce que cela améliore les moyens de subsistance des pêcheurs, les exportations, la sécurité alimentaire et la croissance économique. Les pêches maritimes ne représentent qu’une partie des 400 milliards de dollars de l’industrie mondiale des produits de la mer. Néanmoins des pêcheries économiquement saines sont le fondement de la durabilité de l’approvisionnement ainsi que de la profitabilité des opérations de transformation et de distribution, spécialement dans les pays en développement. "Pour chaque emploi en mer, il y a trois autres emplois à terre", note Willmann. "Le poisson est la principale source de protéine animale pour plus d’un milliard de personnes. C’est le gagne-pain de plus de 200 millions de personnes et 90% d’entre eux habitent dans des pays en développement."

Des signes d’amélioration

L’aspect positif à souligner est que des réformes pour une bonne gouvernance du secteur ont modifié la situation dans certaines pêcheries, note le rapport. "Le renforcement des systèmes de droits de pêche est fondamental dans toute démarche pour résoudre les problèmes qui affectent le secteur", déclare Ragnar Arnason, économiste des pêches à l’Université d’Islande et un des auteurs du rapport. Ragnar poursuit en utilisant des exemples d’expériences fructueuses en Islande, en Nouvelle Zélande, et en Namibie. Le renforcement des droits d’usage, d’accès, ou de propriété des pêcheurs est une stratégie adoptée par de plus en plus d’organisations qui pensent qu’il faut créer des mesures incitatives afin de rendre les parties prenantes plus responsables. La promotion du principe des "droits de pêche" fait partie d’une résolution de l’ASEAN sur les pêches et la sécurité alimentaire (Resolution on Sustainable Fisheries for Food Security for the ASEAN Region). En Afrique la Déclaration d’Abuja sur les Pêcheries et l’Aquaculture, qui fut adoptée par les chefs d’Etat présents au Sommet NEPAD "Des poissons pour tous" (Abuja, Nigeria, 25 août 2005), a également approuvé le principe des "droits de pêches". La plus grande pêcherie au monde, celle de l’anchois péruvien, est elle aussi en train d’évoluer vers ce principe, et il y est même proposé qu’une assurance sociale soit créée pour les pêcheurs.

Réformes et difficultés

"Les réformes de la gouvernance sont souvent politiquement difficiles, spécialement s’il s’agit de réduire les flottes de pêche ou le nombre de pêcheurs", indique Kelleher, "et les droits ainsi que le gagne-pain des pêcheurs doivent être assurés quelles que soient les réformes". La réalisation du rapport "Les milliards engloutis" a été rendue possible grâce au support de PROFISH, un partenariat de la Banque mondiale qui se penche sur les initiatives politiques menant à des pêches durables. Source : FAO


Voir tous les articles en rapport avec les quotas individuels transférables : QIT (31)