vendredi 19 décembre 2008

Consommer local et choisir des produits de saison et de qualité

L'environnement et l'éthique sociale influencent de plus en plus nos choix en matière d'alimentation. Pourtant Oxfam assure que « Cesser d'acheter aux pays pauvres ruinerait des millions de personnes. »

Chaque jour, deux millions de personnes vivant dans les pays riches mangent de la perche du Nil, ce poisson introduit dans le lac Victoria au début des années 60. La perche que nous consommons en Occident pourrait couvrir les besoins en protéines d’un tiers de la population de la Tanzanie, de l'Ouganda et du Kenya, qui vit autour du lac. L'importation de perche du Nil, de crevettes, des fruits tropicaux et de tant d'autres aliments d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine qui est contrôlée par de grandes multinationales, ne contribue pas toujours à éradiquer la pauvreté dans ces pays.

Des concepts comme l'éthique sociale et le respect de l'environnement surgissent à l'heure de décider comment nous allons nous alimenter. L’ONG « Vétérinaires sans Frontières » dénonce en s’appuyant sur l’exemple de la perche du Nil, les atteintes à la souveraineté alimentaire, un concept développé par le mouvement international Via Campesina depuis 1996 et qui défend le droit des peuples à contrôler ses propres ressources naturelles. La perche du Nil illustre ce concept : la pêche du lac Victoria est aux mains de grands opérateurs qui appauvrissent les pêcheurs comme le décrit si bien le film « Le cauchemar de Darwin ».

Avec la menace du changement climatique, la dépense énergétique et l'augmentation des émissions de CO2 prennent de l’importance pour les aliments qui sont transportés sur de longues distances. C'est l’empreinte écologique des aliments. Est-il durable et raisonnable de manger des raisins cultivés au Chili plutôt que des raisins qui ont mûri chez nous ? Devons-nous acheter dans des pays pauvres pour aider leur économie ? « Je ne me sens pas concernée par ces fruits produits à l’autre bout du monde, alors qu’ils sont cultivés ici. Ce commerce international n’est pas durable du point de vue environnemental et social ; il intéresse uniquement les affaires des multinationales et oublie les petits producteurs", soutient Esther Vivas, du Réseau Consommation Solidaire. "Ce que nous mangeons a de l’influence sur les acteurs économiques qui assurent nos besoins alimentaires", ajoute-t-elle. Pour conclure, « en mangeant une banane d’Amérique centrale, nous ne remplissons pas les poches de l'agriculteur qui l'a cultivée, mais celles de la multinationale qui l'exploite ».

Des ONG écologiques comme Greenpeace partagent cette vision. "Nous parions pour les produits locaux et de saison parce que l'agro-exportation contribue à augmenter les dépenses énergétiques et détruit les territoires ; nous sommes en faveur de la souveraineté alimentaire, les peuples s’alimentant par eux-mêmes", argumente Jean Philippe Carrasco de Greenpeace. Carrasco met l'accent sur les cultures intensives de soja en Argentine qui "ont accaparé des milliers d'hectares de bois et de parcelles dédiées à l’agriculture familiale". En n’écartant pas le problème des OGM, Carrasco remarque que ce modèle a expulsé 100 000 agriculteurs argentins de leurs terres, dont les sols ont été fortement dégradés.

Pour Oxfam, l'argument de l’empreinte écologique n’est pas suffisant pour écarter les produits qui arrivent des quatre coins de la planète. "Nous ne pouvons pas encourager l’arrêt des achats dans les pays en voie de développement ce qui nuirait à des millions de personnes. Je ne suis pas partisan de dire que le local est meilleur", soutient José Antoine Fernand, responsable de l’agriculture à Intermón/Oxfam. "En plus des kilomètres parcourus par les denrées alimentaires, nous devons aussi tenir compte des méthodes de culture, de l’utilisation ou non de pesticides, du respect de l'environnement ...", ajoute-t-il.

En marge de ces considérations, une tendance forte se développe en Europe et aux USA pour consommer local, notamment les fruits et les légumes cultivés près de chez soi. Aux USA, les marchés hebdomadaires avec des agriculteurs locaux se multiplient, et en Italie il y a la campage « 0 km ».

En Espagne, cette tendance est encore embryonnaire, mais peu à peu l'agriculture de proximité et biologique fait son chemin. L'une des dernières initiatives est "Catalunyam", campagne lancée par l’association catalane des « Producteurs Agricoles et Commerçants de la Terre » pour promouvoir et distribuer des produits originaire de Catalogne et labellisés de qualité ou biologique. En un an, 850 000 tonnes de fruits ont été commercialisées selon un responsable de la campagne. Mais l'alimentation biologique continue à être en retrait en Catalogne, du fait que la production n'a pas crû au même rythme que la demande et que le réseau de distribution fait défaut. "Il y a beaucoup de demande que nous ne pouvons pas satisfaire, nous importons d’Andalousie bien que d'un autre côté nous exportions 500 000 tonnes de fruit en Europe", reconnaît Josep Marie Coll, d'UP. Un paradoxe, quand d'un autre côté on insiste sur les valeurs du local.
Source : la Vanguardia

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