dimanche 16 novembre 2008

Les zones côtières aujourd'hui – Répercussions sur la pêche et la pisciculture

Si, dans le passé, les zones côtières étaient considérées comme d'importance secondaire pour le développement économique, ces zones sont celles qui, aujourd'hui, se prêtent à l'exploitation la plus intensive. L'étude d'évaluation des incidences socio-environnementales de la GIZC énumère 18 catégories d'activités exercées dans les zones côtières ainsi que 14 défis auxquels celles-ci se trouvent, du fait de leur surexploitation, confrontées.

La pêche et la pisciculture sont deux secteurs qui figurent au nombre de ces activités et dépendent des zones côtières. Elles sont donc, par conséquent, sensibles à tout changement constaté dans celles-ci. Le secteur est rarement à l'abri des incidences d'autres activités des zones côtières. C'est ainsi que, lorsque "Le Prestige" a sombré en 2002 au large des côtes espagnoles, la pollution a affecté près d'un millier de kilomètres de littoral d'une région qui dépend économiquement de la pêche et de la pisciculture. On estime que 41 600 personnes dépendaient directement de la pêche et que, dans certaines régions, la pêche et la pisciculture employaient jusqu'à 47,2 % de la population active. Quelque 6 000 navires de pêche côtière ont interrompu leurs activités et, même après la levée de la limitation de pêche, la catastrophe écologique qui avait été provoquée a entraîné une baisse de leur production. On estime que 10 à 25 années seront nécessaires jusqu'à ce que l'environnement marin puisse être pleinement réhabilité.

Outre les marées noires, les transports maritimes sont également souvent responsables du déplacement accidentel d'espèces exotiques nuisibles, ce qui a entraîné une perte de diversité dans les écosystèmes concernés.
L'eutrophisation des eaux, du fait des rejets industriels, urbains et agricoles, a également des incidences sur la production halieutique. Ce problème revêt une dimension aiguë dans les zones côtières et dans les zones maritimes semi-fermées. Il ressort d'un rapport du Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM), que l'eutrophisation est responsable de la baisse des stocks dans la mer Noire. 50 % de la pollution par les nitrates provient d'activités côtières terrestres, dont 50 % sont imputables à des activités agricoles, 25 % à des activités industrielles et les 25 % restants aux effluents urbains. Le problème se révèle encore plus complexe dès lors que la pollution transportée par les fleuves a son origine dans les pays tiers.
La durabilité de la pêche et de la pisciculture se trouve, toutefois, également affectée par la brusque reconversion de zones côtières naturelles en surfaces artificielles. On estime que, entre 1990 et 2000, les surfaces artificielles se sont accrues de 190 km2 par an. 61 % de cette extension sont dus au développement de l'habitat, au tourisme et aux loisirs, qui ont provoqué le déplacement des autres activités. Jusqu'à présent, l'aménagement du territoire privilégiait la dimension terrestre et ne prenait pas en considération les répercussions du développement côtier sur certaines activités maritimes. Cela s'est traduit par une limitation des zones de pêche et par une dégradation des habitats marins, c'est-à-dire des zones où certaines espèces s'alimentent, s'accouplent et se reproduisent. Dans le même temps, le manque d'espace a constitué un obstacle majeur au développement de l'aquaculture européenne.
Il convient d'observer que les changements climatiques conféreront une importance accrue aux répercussions de la surexploitation des zones côtières. Même si l'on ne dispose pas encore d'éléments suffisants sur ces incidences sur la pêche et la pisciculture, il ressort d'une première étude que les pertes que le secteur est appelé à subir à l'avenir du fait du changement climatique sont évaluées à 200 millions d'euros par an. Précisons, une nouvelle fois, que ce sont les mers fermées et semi-fermées telles que la mer Baltique ou la mer du Nord qui seront, à cet égard, les plus exposées.

La pêche dans le cadre de la gestion intégrée des zones côtières

La GIZC revêt une grande importance pour la pêche pour trois raisons majeures :
  • En premier lieu, la pêche constitue une activité côtière par excellence, elle est donc l'une des premières affectées par les changements de l'environnement spécifique. De nombreux produits de la pêche sont puisés sur les ressources des zones côtières, tandis que de nombreuses espèces hauturières se reproduisent et se développent dans les zones côtières.
  • Deuxièmement, alors que la pêche ne constitue pas en soi une source de pollution, elle doit subir les conséquences de la pollution provoquée par d'autres activités exercées dans les zones côtières.
  • Troisièmement, 80 % du secteur communautaire de la pêche sont pratiqués dans des zones côtières, lesquelles dépendent fortement du secteur. Il s'agit, en d'autres termes, de zones dont l'économie est fragile, qui n'offrent pas à leurs habitants des activités de substitution et qui, dans la majorité des cas, sont défavorisés. En 2003, 63 % environ des pêcheurs étaient localisés dans des zones défavorisées et dépendantes de la pêche. Il convient, à ce propos, de signaler que la pêche se trouve, depuis une dizaine d'années, confrontée à une crise grave du fait de la réduction des stocks halieutiques. C'est la raison pour laquelle nous devons minimiser tout autre facteur susceptible de lui porter préjudice. Concrètement, le secteur s'est trouvé confronté à une baisse de 35 % du nombre des emplois, de 20 % du nombre des navires et de 28 % du volume des produits de la pêche. Il apparaît donc opportun d'intégrer la pêche dans la GIZC, c'est-à-dire d'examiner le développement et la gestion de la pêche dans les zones côtières dans un cadre de développement et de gestion de ces dernières.
    Le Fonds européen pour la pêche (FEP) peut contribuer à ce processus, en finançant des mesures en faveur d'un développement durable de la pêche ainsi que de la protection de l'environnement marin et des ressources vivantes qu'il contient.
    En outre, il est possible de renforcer, via le FEP, certains principes de la GIZC, tels que la programmation participative et la mise en valeur des spécificités des communautés côtières. De surcroît, le FEP soutient également le financement de certains projets pilotes axés sur un renforcement considérable du rôle de la pêche dans la GIZC, tels que la promotion de méthodes de pêches plus sélectives et plus soucieuses de l'environnement.
    En tout état de cause, l'élément le plus important – si l'on veut intégrer, avec succès, la pêche dans la GIZC – réside dans la participation de responsables du secteur à l'élaboration de celle-ci. La mise en valeur de l'expérience des pêcheurs locaux contribuerait à définir des véritables problèmes et à garantir ainsi la possibilité, pour les communautés côtières de pêcheurs, de demeurer dans les zones côtières et de conjuguer leurs activités avec les autres activités exercées sur place.

L'aquaculture dans le cadre de la GIZC


L'aquaculture constitue également une activité essentiellement pratiquée dans les zones côtières. Depuis 1970, le développement de ce secteur est plus rapide que celui de tout autre secteur de production de denrées alimentaires, avec un taux moyen annuel de développement de 8 % et une production annuelle qui avoisine les 45 millions de tonnes à l'échelle mondiale(7). Dans un environnement où les ressources halieutiques ont tendance à se raréfier et où la demande mondiale en poissons et fruits de mer est en hausse constante, l'aquaculture est appelée à revêtir une importance toujours plus grande. L'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture prévoit que la consommation de produits de la pêche augmentera de 50 % d'ici 2030, et que la demande sera majoritairement couverte par l'aquaculture. En chiffres, cela implique une augmentation de la production de l'ordre de 40 millions de tonnes.
L'aquaculture européenne pourrait par conséquent tirer parti de cette tendance et mettre en valeur ses avantages comparatifs. C'est ainsi que l'UE constitue le marché le plus important dans ce domaine, qu'elle dispose d'une longue expérience en matière d'ostréiculture et de pisciculture en eau douce et eau de mer, qu'elle peut compter sur une recherche de pointe dynamique et une technologie moderne, sur des pisciculteurs qualifiés et expérimentés, sur des conditions climatiques appropriées et des zones idéales pour les espèces d'élevage.
Il convient, en outre, de prendre sérieusement en considération la contribution du secteur à la cohésion économique et sociale des régions dans lesquelles ce dernier opère. Dans l'ensemble de l'Union, la pisciculture est essentiellement pratiquée dans les zones côtières où elle procure 80 000 emplois. Dans certains États membres, la valeur des produits d'élevage est supérieure à celle des produits débarqués, cependant que, dans d'autres Etats, l'aquaculture représente un secteur significatif de la production globale. C'est ainsi qu'en Grèce, par exemple, 50 % de la production globale provient, chaque année, de la pisciculture.
En dépit de l'importance qu'il revêt, le secteur européen de l'aquaculture se trouve clairement exposé à des problèmes qui entravent son développement. Le premier d'entre eux réside dans les carences de l'aménagement du territoire et la concurrence qui l'oppose aux autres activités côtières pour ce qui est de l'occupation de l'espace d'implantation. L'aménagement du territoire marin est appelé à constituer un instrument fondamental en faveur d'un développement équilibré de toutes les activités dans le cadre de la GIZC, au nombre desquelles figure également la pisciculture.
Sur le plan du financement, le FEP peut contribuer à associer la pisciculture à la GIZC, puisqu'il offre la possibilité de collecter des éléments qualitatifs dans la perspective de l'élaboration de plans intégrés de gestion pour les zones côtières. De plus, l'axe prioritaire II du FEP peut favoriser le développement de méthodes visant à limiter les incidences éventuelles de la production sur l'environnement marin.


Conclusions – Observations du rapporteur


Le rapporteur estime que la stratégie en faveur d'une GIZC peut constituer un cadre approprié pour une exploitation durable des zones côtières et un développement viable des activités pratiquées dans celles-ci. Il estime également qu'il convient de mettre en particulier l'accent sur la pêche et la pisciculture, dans la mesure où il s'agit d'activités qui dépendent directement des zones côtières, et souligne que l'intégration de l'aménagement du territoire marin dans le cadre de la GIZC contribuera à un développement équilibré des activités pratiquées dans les zones côtières, en donnant par là-même une impulsion au développement de l'aquaculture.
Le rapporteur soutient qu'il convient en premier lieu, de définir une programmation à long terme, à laquelle seront associés des représentants de tous les secteurs opérant dans des zones côtières. Ensuite, il est indispensable de parvenir à une coordination efficace des acteurs impliqués dans la gestion de ces zones. Dans l'hypothèse où un prochain rapport d'évaluation sur la mise en œuvre de la GIZC conclurait à l'impossibilité d'une coordination dans ce domaine, il serait opportun de réexaminer la création éventuelle d'un organe à cette fin.

Source : Parlement européen

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