vendredi 17 octobre 2008

Méditerranée : Reconsidérer les petits métiers de la pêche

Intervention d'Elisabeth Tempier (Pêche et développement – antenne Méditerranée) à la conférence de la FAO sur la pêche à petite échelle de Bangkok (octobre 2008)

Nos outils de gestion sont les reflets de notre vision du monde et des échanges

Dérèglement climatique, crise alimentaire, crise financière, conflits sociaux sont les signes de faillite d’un système qui fondent les échanges sur la base de produits compétitifs sans considération des hommes et des territoires qui les produisent.

Construire des échanges à partir de la compétitivité de communautés ou de régions permet de préserver nos relations humaines, nos rapports à l’environnement, nos cultures. Plutôt qu’une vision Nord-Sud, simpliste et déstructurante, qui favorise l’échange de produits transformés contre des matières premières, et dans laquelle toute pêche artisanale est vouée à disparaître dans les pays du Nord, il nous faut construire des échanges basés sur la compétitivité d’espaces régionaux spécialisés et réinterroger la place de toute activité, dont la pêche, au sein de ces régions : activité de subsistance, secteur d’emploi, activité génératrice de valeurs appréciées par le chiffre d’affaire, les salaires dégagés ou les bénéfices collectifs.

Ainsi par exemple la petite pêche de Méditerranée française a longtemps permis à des communautés de pêcheurs de vivre de leur activité sur le littoral. Notons au passage que les règles collectives des prud’homies de pêcheurs ont permis d’intégrer différentes vagues d’immigration tout en préservant les territoires. Aujourd’hui, ce secteur devrait être considéré du point de vue de sa contribution à une spécialisation multisectorielle littorale, celle-ci prenant sa place au sein d’un marché européen en construction. Dans ce cas précis, la petite pêche n’est plus appréciée par son chiffre d’affaire global, la valeur des emplois, mais par le fait qu’elle participe activement à la spécialisation touristique et résidentielle :
  • apports de qualité et d’extrême fraîcheur,
  • image et richesse d’un ancrage culturel,
  • rôle de veille sur l’eau,
  • préservation de l’environnement…
Sur ce dernier point, les bénéfices collectifs des actions menées par une poignée d’hommes sont considérables : création d’aires marines protégées par les communautés de pêcheurs, implantation de récifs artificiels, alerte et actions juridiques pour la préservation de zones littorales, repeuplement, sensibilisation et participation aux schémas d’aménagement par les communautés de pêcheurs.

Encore faut-il que les outils de gestion des pêches conçus aux niveaux européen et national puissent s’adapter à des gestions locales qui favorisent la diversité des métiers et l’utilisation alternative des engins par des pêcheurs polyvalents, cette diversité étant le moyen essentiel de préserver la biodiversité et de s’adapter aux écosystèmes littoraux spécifiques.

Actuellement, les droits de pêche entiers et individuels (licences, quotas…), la gestion par métier ou par stock avec des interdictions strictes d’engins (petits arts traînants, filets dérivants…) conviennent à des pêches industrielles ou intensives, spécialisées dans un ou deux métiers. Il nous faut considérer des droits d’usage gérés par les communautés de pêcheurs : limites techniques et réglementation des engins dans le temps et dans l’espace, répartition des postes de pêche par la collectivité. Plus largement, les modes de recherche, de consultation, d’accès à l’information et aux financements ne sont pas adaptés à la pêche artisanale. Source : Droits du jour du 17 octobre 2008 (Newsletter de la Société civile à la conférence de la FAO à Bangkok sur la pêche à petite échelle)

  • Le 23 septembre 2010

Le Ministre confirme les Prud’homies et fait de la pêche artisanale une priorité... (L’Encre de Mer)

"Les prud’homies continueront à exercer l’ensemble de leurs compétences dans le cadre de leurs textes fondateurs qui ne sont pas modifiées par la loi du 27 juillet 2010... La défense des activités artisanales dans la proche bande côtière est une priorité pour la France..."

Suite aux questions posées par l’Union intersyndicale des pêcheurs méditerranéens (UIPMPM) par l’intermédiaire de leur député M. Vialatte, le Ministre répond sur la gestion prud’homale : « La petite pêche côtière, dont l’impact sur l’aménagement du territoire méditerranéen est primordial, fait l’objet d’une attention croissante de la part de l’Union Européenne dans le cadre des débats actuels sur la réforme de la politique commune de la pêche. La loi du 27 juillet 2010 de modernisation de l’agriculture et de la pêche a posé les bases d’une réforme profonde de la gouvernance des pêches maritimes françaises. Resserrées et avec des compétences clairement identifiées, la nouvelle organisation professionnelle des pêches répondra plus efficacement aux atteintes des entreprises et des marins-pêcheurs. La gestion de la pêche côtière par des prud’homies constitue une originalité de la façade méditerranéenne. Cette gestion qui a fait la preuve depuis de nombreux siècles de sa pertinence au regard des spécificités de la mer Méditerranée n’est aucunement remise en cause par la loi du 27 juillet 2010. Une étude préalable aux débats préparatoires à la loi conduite par un magistrat administratif a confirmé ce bien-fondé. Les prud’homies continueront donc à exercer l’ensemble de leurs compétences dans le cadre de leurs textes fondateurs qui ne sont pas modifiés par la loi du 27 juillet 2010." Sur l’inquiétude des pêcheurs de voir l’avenir de la pêche menacé de disparition au profit de la pêche industrielle, et de constater des disparités d’application des quotas de pêche selon les zones de pêche du bassin méditerranéen, le Ministre fait la réponse suivante :

"L’attention du Gouvernement est appelée sur l’avenir de la petite pêche côtière artisanale en Méditerranée. La petite pêche côtière, activité structurante sur le littoral méditerranéen, fait l’objet d’une attention croisade de la part de l’Union européenne dans le cadre des débats actuels sur la réforme de la politique commune des pêches. La défense des activités artisanales dans la proche bande côtière est une priorité pour la France. Concernant la gestion…

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