dimanche 26 octobre 2008

Egypte : les moyens de subsistance des pêcheurs menacés

Ahmad Issa, 41 ans, pêche dans le lac Maryout [également orthographié Maryut ou Marriout], près de la ville portuaire d’Alexandrie depuis 30 ans. Comme des milliers d’autres pêcheurs, Ahmad Issa a rapporté qu’il souffrait constamment de maladies de peau, causées par la pollution de l’eau. « Je ne peux rien tenir entre mes mains lorsque ma peau est infectée. Les médecins me prescrivent des pommades, mais même avec ça, je dois parfois rester à la maison », a expliqué M. Issa à IRIN, au cours d’un entretien téléphonique. M. Issa gagne entre 15 et 20 livres égyptiennes [2,82-3,76 dollars] par jour, mais ce qui l’inquiète davantage, ce sont ses prises, de plus en plus maigres. « Il y a 15 ans, je pêchais 50 à 60 kilos de poisson par jour. Aujourd’hui, je n’arrive pas à pêcher plus de cinq kilos et parfois, je rentre même bredouille », a-t-il déploré, ajoutant que ses prises actuelles ne suffisaient pas à nourrir sa femme et ses quatre enfants. Certaines organisations non-gouvernementales (ONG) telles que l’association Friends of the Environment (FEA), l’Union égyptienne des coopératives de pêcheurs (UECP) et l’Association des pêcheurs (AP), qui soutiennent les pêcheurs, ont lancé des campagnes contre la pollution des eaux du lac. « Les prises ont considérablement diminué au cours des 30 dernières années, passant d’environ 11 000 tonnes de poisson en 1976 à 5 211 tonnes en 2006 », a confirmé Mohamed al-Feky, président de l’UECP. « Environ 7 000 pêcheurs dépendent du lac pour vivre et 10 000 autres personnes travaillent dans des domaines liés à la pêche, tels que la construction de bateaux, la confection de filets et la vente de poisson. Cela signifie que les moyens de subsistance de ces personnes et de leurs familles (quelque 78 000 individus) sont menacés », a-t-il dit. Il y a également 5 000 pêcheurs non-déclarés, selon l’AP. D’après M. al-Feky, un millier de personnes ont abandonné le secteur halieutique depuis 2006 et sont aujourd’hui sans emploi. Selon ses estimations, les pertes globales s’élèvent à 86 millions de livres égyptiennes (16 millions de dollars) par an.
Pollution
« Alexandrie assure environ 40 pour cent de la production industrielle de l’Egypte, et cela se traduit par une forte pollution des eaux du lac », a-t-il expliqué. Les deux usines de traitement des eaux usées n’ont pas la capacité de traiter l’ensemble des eaux usées et autres effluents, a-t-il poursuivi. « Deux tiers des eaux usées de la ville sont déversées dans le lac et sont ensuite pompées jusque dans la baie de Mex, à l’ouest d’Alexandrie », a-t-il indiqué, ajoutant que les déversements chimiques engendrés par les activités agricoles menées dans la zone contribuaient également à polluer le lac. La pollution provoque en outre le développement d’une végétation non-désirée le long des rives du lac, selon Salah al-Alfi, de l’AP de Maryout. « Ces plantes font obstacle à la pêche, réduisent le niveau d’oxygène dans l’eau et entravent la pisciculture », a-t-il expliqué. Selon M. al-Alfi, l’AP propose des solutions depuis 1999 mais n’a obtenu aucune réponse de la part du gouvernement. « Nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi ils refusent de sauver le lac ». La Banque mondiale prévoyait en 2006 de lancer un projet ciblé sur les zones les plus polluées des agglomérations du Caire et d’Alexandrie, mais un contact au sein de l’organisation a confié à IRIN que le projet avait été mis en sommeil.
Comblement du lac
« Une autre menace grave plane sur le lac : le comblement », a expliqué Mohamad Abdel Aziz al-Gendi, président de la FEA. « Les activités de comblement ont commencé il y a longtemps, et elles ont fait perdre au lac la majeure partie de sa superficie : aujourd’hui, il s’étend sur une superficie de 6 880 hectares [contre 24 280 hectares en 1889]. Ces jours-ci, le rythme du comblement s’accélère. Le gouvernorat prévoit de construire la “Nouvelle ville d’Alexandrie” sur 1 000 feddans [un hectare équivaut à plus de deux feddans] du lac, un projet qui a dû être suspendu pour s’être heurté à une opposition féroce de notre part », a-t-il expliqué. « Nous aurons recours à toutes les mesures possibles pour faire cesser le comblement de ce bassin, même si nous devons aller devant les tribunaux. Ils peuvent construire ces projets dans le désert, mais pas sur le lac qui assure l’équilibre biologique de la région », a observé M. al-Gendi.

Source : IRIN

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